«La switch»: Flou artistique

François Arnaud dans le film «La switch»
Photo: Peter Andrew Lusztyk François Arnaud dans le film «La switch»

Un jeune soldat (François Arnaud) revient vivre à la ferme familiale, dans le nord de l’Ontario, après avoir servi en Afghanistan. Mais ce tireur d’élite ne revient pas seul, ses démons l’accompagnent. Souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique, Marc a du mal à se réadapter au quotidien trop tranquille de sa petite ville.

Ceux d’entre vous qui ont lu notre critique de Causeway la semaine passée auront sûrement un sentiment de déjà-vu. Après les Américaines Lila Neugebauer et Jennifer Lawrence, c’est au tour des Canadiens Michel Kandinsky et François Arnaud de nous dépeindre dans La switch les souffrances psychologiques des soldats démobilisés. Et pas pour le mieux.

Michel Kandinsky, réalisateur qui signe ici son deuxième long métrage, affiche une obsession de type monomaniaque pour les effets de flou artistique. En effet, la quasi-intégralité de La switch est filmée en ne gardant nette qu’une petite pastille de chaque plan. Tout le reste ne fait que baigner dans un flou perpétuel. Pis encore, entre les mouvements de la caméra et ceux des acteurs, la ruse de la mise au point uniquement sur un élément précis de l’image manque de précision et passe à côté de l’objectif. La maîtrise qui n’est pas au rendez-vous, la surexploitation de l’effet visuel, l’impression que le réalisateur nous prend par la main de peur que l’on se perde dans une ligne droite, on ne sait pas ce qui nous agace le plus. Appliqué du début à la fin avec une utilité discutable, on en vient à se demander si la caméra n’a pas tout simplement de la buée sur le viseur.

L’autre effet visuel trop récurent pour être honnête nous donne tort : tout cela est bien voulu. La ponctuelle distorsion de la colorimétrie pour figurer les pics de stress aurait largement suffi à elle seule à faire passer le message du réalisateur. Mais celui-ci a, semble-t-il, ressenti le besoin de recourir à un trop-plein d’effets tape-à-l’oeil pour compenser ses choix de plans tantôt convenus, tantôt à l’échelle mal adaptée, quitte à en devenir contre-productif.

De minute en minute, Kandinsky tente maladroitement de nous représenter le glissement progressif dans la psychose de son personnage principal, qui se cherche une nouvelle cible à abattre. Cependant, la séquence qui aurait gagné à se réserver tous les effets visuels trop chers au réalisateur ne se démarque pas et plombe le paroxysme d’une histoire qui a bien failli être intéressante.

Le scénario, quant à lui, tente de nous surprendre au point culminant de la narration. Une belle idée de Kandinsky, qui en signe aussi l’écriture, mais dont la plume n’est pas encore assez pointue pour que le résultat final soit à la hauteur de ses aspirations d’auteur. C’est fort dommage, car la démarche, bien que déjà vue, avait du potentiel.

Pour venir à la rescousse de ce naufrage cinématographique annoncé, on ne peut pas vraiment compter sur la distribution. François Arnaud en ersatz de Robert de Niro dans Voyage au bout de l’enfer ne nous emmène guère plus loin qu’au bout de la ferme. L’apprenti reste loin derrière le (grand) maître et nous donne surtout l’envie de revoir le chef-d’oeuvre de Michael Cimino. La direction d’acteurs est probablement celle à blâmer, car l’intégralité de la distribution n’est pas au sommet de ses capacités, y compris le lauréat du Génie du meilleur acteur en 1996, Lothaire Bluteau.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Voilà la question à laquelle Michel Kandinsky répond avec ce film, mais on n’est pas sûr que cette logique soit la meilleure à suivre. La switch est loin d’être à la hauteur des aspirations de son réalisateur et ne rend pas justice au sujet qu’il traite. Il a tout l’air d’un long métrage de fin d’études d’un réalisateur qui se cherche encore.

La switch

★★

Drame de Michel Kandinsky, Québec, 2022, 85 minutes. En salle.

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