«Causeway»: un nouvel Oscar pour Jennifer Lawrence?

Jennifer Lawrence joue de toute son intériorité pour restituer sans pathos les affres du syndrome post-traumatique et la détresse à laquelle son personnage refuse de céder.
Photo: Apple TV+ Jennifer Lawrence joue de toute son intériorité pour restituer sans pathos les affres du syndrome post-traumatique et la détresse à laquelle son personnage refuse de céder.

Lynsey (Jennifer Lawrence), une jeune militaire, rentre d’Afghanistan après avoir été blessée à la tête. Après des mois de rééducation, on lui annonce qu’elle va maintenant devoir rentrer dans sa famille, à La Nouvelle-Orléans. Dans cette ville et cette maison où elle n’a que le sentiment d’être une étrangère, sa seule idée est de repartir, de retourner servir son pays. Sans attaches, elle fera la connaissance d’un garagiste, James (Brian Tyree Henry), avec qui elle va se lier d’amitié et tenter de se reconstruire.

Une vétérante blessée physiquement et plus encore psychologiquement, voilà déjà sur papier un rôle qui sent bon l’Oscar. Encore faut-il savoir l’interpréter. L’actrice déjà oscarisée Jennifer Lawrence (Le bon côté des choses) se devait donc de ne pas décevoir. Son interprétation sensible et minimaliste est largement à la hauteur des espérances. Lawrence joue de toute son intériorité pour restituer sans pathos les affres du syndrome post-traumatique et la détresse à laquelle son personnage refuse de céder.

Son partenaire, Brian Tyree Henry, n’est pas en reste. Les deux interprètes rivalisent de talent sous la direction de Lila Neugebauer, et Henry ferait presque de l’ombre à la star du film. Il se montre, face à sa partenaire, bluffant de naturel et trouve le moyen de s’imposer tout en douceur.

La prestation des deux est bel et bien le ciment de ce premier film de Lila Neugebauer. Déjà acclamée à Broadway, la metteuse en scène reprend dans ce long métrage des principes très « théâtraux » pour mettre en image ce scénario qui, comme elle le confiait dans nos pages samedi dernier, lui a donné une « impression très forte de [se] reconnaître dans ce matériel. » Sa caméra, peu mobile, préfère laisser les personnages évoluer (ou pas) à leur guise dans l’espace et place plutôt le spectateur en observateur discret. Les mouvements de caméra spectaculaires et ostentatoires ? Très peu pour Neugebauer. Tout est fait pour mettre en valeur le jeu des acteurs. Même la musique préfère rester en retrait.

Le tact humaniste de Neugebauer

 

L’objectif, quant à lui, est resté captif du regard de Jennifer Lawrence, fasciné par la détresse que tentent de retenir ses yeux. La star est quasi mise à nu, sans fard ni artifices et ne peut compter que sur le talent du directeur de la photographie, Diego Garcia, pour souligner ses traits et expressions. Le résultat est frais de retenue et n’est pas sans évoquer, sans les comparer pour autant, le De rouille et d’os de Jacques Audiard qui nous contait, lui aussi, la reconstruction d’une femme blessée à travers une nouvelle rencontre.

La pudeur est un maître mot dans Causeway. Au cinéma, les sujets du syndrome post-traumatique et du handicap sont trop souvent des aimants à tous les excès. Excès de dramatisation, de pathétique, de moralisation, de larmes, de clichés, etc. Autant d’écueils que la réalisatrice parvient à éviter dans une mise en scène qui fait plaisir à voir. Neugebauer fait montre d’un tact humaniste et bienveillant en la matière. On ne voit la puissance des démons avec lesquels se débattent ses personnages que lorsque ces derniers sont prêts à se livrer à la caméra de la réalisatrice et pas une minute avant.

On pourra reprocher à ce drame psychologique, qui repose principalement sur le jeu de ses acteurs, de tirer un peu trop le fil de la caméra contemplative au point de ralentir le rythme de l’histoire, pourtant courte pour un drame de ce type.

Causeway

★★★ 1/2

Drame de Lila Neugebauer avec Jennifer Lawrence et Brian Tyree Henry. États-Unis, 2022, 97 min. Sur Apple TV+

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