«My Policeman»: bonjour la police, au revoir la police

Harry Styles et Emma Corrin dans le film «My Policeman»
Photo: Parisa Taghizadeh Amazon Studios Harry Styles et Emma Corrin dans le film «My Policeman»

L’année 2022 devait voir passer le très populaire Harry Styles de vedette de la musique à star de cinéma. Verdict ? Après le raté Don’t Worry Darling (Ne t’inquiète pas chérie) et, ces jours-ci, le décevant My Policeman, deux films où il ne brille guère, il appert que Harry Styles devra s’y prendre autrement s’il souhaite s’imposer comme acteur. Basé sur un roman de Bethan Roberts, My Policeman conte les amours interdites — comme dans « illégales » — entre deux hommes dans l’Angleterre des années 1950, puis leurs retrouvailles tendues dans les années 1990.

Au présent, Marion (Gina McKee, principal atout du film) accueille à son domicile un certain Patrick (Rupert Everett, sous-utilisé), alité à la suite d’un AVC. Dans son coin, Tom (Linus Roache, laissé en plan), le mari de Marion, fulmine.

C’est que jadis, comme on l’apprend au détour d’un des nombreux retours en arrière, Tom (Harry Styles, qui ne dégage rien), un jeune policier peu instruit mais curieux dans tous les sens du terme, s’éprit de Patrick (David Dawson, qui vole la vedette), un directeur de musée avec qui il entretint une brûlante liaison alors que la chose pouvait les conduire en prison. Cela, sous le nez de l’amoureuse et naïve Marion (Emma Corrin, vedette non binaire de la 4e saison de The Crown).

Entre passions exprimées puis réprimées, My Policeman devrait captiver. Hélas, le film est ennuyant au possible. Et pas spécialement crédible sur le plan humain. De fait, après l’arrivée chez eux de Patrick, la relation entre les époux en désamour Marion et Tom ne tient pas la route. Pour le compte, Tom passe le plus clair du volet présent à marcher au bord de la mer : hormis le fait qu’il s’agit d’une manière appuyée de signifier qu’il fuie, cela donne l’impression que le film ne sait pas, ou ne veut pas, s’occuper du personnage.

Pendant ce temps, Marion observe Patrick, la mine triste, ou regarde par la fenêtre, l’air mélancolique : Gina McKee est une excellente actrice, aussi parvient-elle à créer une illusion de profondeur.

Prudence et circonspection

 

Lors de la première du film au Festival international du film de Toronto, on avait ces mots pour la mise en scène de Michael Grandage : « Le sujet est fort, poignant, et doit être revisité, c’est l’évidence. Sauf que My Policeman n’est souvent pas à la hauteur de celui-ci, avec ses choix techniques et plastiques peu subtils : le présent aux couleurs délavées illustrant la tristesse des personnages, les flash-backs filtrés au sépia “vieille photo” des jours heureux, les enchaînements répétitifs d’un plan de personnage troublé vers un plan de mer déchaînée… »

L’écriture n’est pas plus inspirée. Ron Nyswaner, auteur du scénario de Philadelphia (Philadelphie), premier film hollywoodien à s’être intéressé à l’homosexualité et au sida, mais dans lequel le couple interprété par Tom Hanks et Antonio Banderas n’échangeait même pas un chaste baiser, a en effet pondu une adaptation peu convaincante.

Nyswaner, Grandage, ainsi que les producteurs Greg Berlanti et Robbie Rogers étant tous ouvertement homosexuels, on se serait attendu à un traitement moins… prudent ? Circonspect ?

Dans sa chronique pour The Guardian, Guy Lodge écrivait, par rapport aux artisans : « Trois décennies après Philadelphia, Nyswaner et Grandage ont au moins prouvé que les cinéastes queers peuvent faire leurs propres films queers aseptisés et sans risque. C’est en soi un genre de percée. »

Ne pas effaroucher

 

Ah, mais il y a les scènes de sexe entre Harry Styles et David Dawson, non ? Certes, le chanteur, à qui l’on a reproché de donner dans le « queerbating » (épouser les codes de la communauté queer et, par extension, LGBTQ+, afin de la séduire, mais sans réellement en faire partie), en a beaucoup parlé en amont de la sortie. Or, il n’y a pas grand-chose à en dire, sinon qu’elles sont esthétisantes et, par conséquent, plus rassurantes que déstabilisantes ou dérangeantes pour quiconque appréhenderait le spectacle de deux hommes au lit.

Car, comme Philadelphia encore, My Policeman semble avoir été d’abord et avant tout conçu pour ne pas effaroucher la majorité hétérosexuelle (qui a pourtant évolué en la matière, faut-il le rappeler). Outre le fait que c’est au fond insultant pour celle-ci, ça donne ce que ça donne : un film qui, à l’instar du protagoniste du titre, ne s’assume pas.

My Policeman (V.O.)

★★

Drame de Michael Grandage. Avec Harry Styles, Emma Corrin, Gina McKee, Linus Roache, David Dawson, Rupert Everett. États-Unis, 2022, 113 minutes. Sur Prime Video dès le 4 novembre.

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