Nicole Robert, la passion du cinéma, la passion de l’humain

Si Nicole Robert confie vouloir ralentir, avec «le temps qui passe» et tout ça, le fait est que les projets ne manquent pas.
Photo: Julien Cadena Le Devoir Si Nicole Robert confie vouloir ralentir, avec «le temps qui passe» et tout ça, le fait est que les projets ne manquent pas.

Le 2 novembre, le festival Cinemania s’ouvrira avec la première de Chien blanc, une adaptation du roman de Romain Gary réalisée par Anaïs Barbeau-Lavalette et produite par Nicole Robert. Pour l’occasion, on a voulu s’entretenir avec cette dernière, qui célèbre ses 40 ans de carrière. Un parcours jalonné de films marquants, que celui de Nicole Robert : La guerre des tuques, Requiem pour un beau sans-coeur, Karmina, Québec-Montréal, 1981 et ses suites, Les aimants, Tout est parfait, Les sept jours du Talion, Nelly… En ce moment, elle développe une série tirée du best-seller Le vide, de Patrick Senécal. Ce ne sera pas sa première, puisqu’on lui doit déjà la bien-aimée série La vie, la vie.

Mais au fait, quel est le rôle d’une productrice, au juste ? « Je l’apprends encore ! » lance Nicole Robert en riant.

En gros, la productrice a la responsabilité de l’ensemble de la fabrication d’un film : à chaque étape, elle aide les cinéastes à réaliser leur vision en mettant à leur disposition tous les moyens financiers, logistiques et artistiques requis. En d’autres mots, la productrice, c’est la boss. D’ailleurs, elle fut une pionnière, Nicole Robert, le cinéma (pas que québécois) comptant pas mal plus de producteurs que de productrices.

« Même enfant, dans la cour d’école, je voulais être cheffe. J’ai toujours eu ce besoin de contrôler mon destin », explique Nicole Robert.

En revanche, elle ne se destinait absolument pas à oeuvrer en cinéma. Avec un baccalauréat ès arts en poche, elle travailla en graphisme, à Trois-Rivières. Puis, avec des amis, elle participa à un film d’animation conçu autour de la chanson Québec Love, de Robert Charlebois. « C’était une période où tout le monde pouvait un peu faire ce qu’il voulait. On a gagné des prix et on a voulu continuer, et c’est là que mon côté entrepreneur a embarqué : j’ai suggéré qu’on crée une compagnie. »

Être à sa place

De retour à Montréal, Nicole Robert eut du mal à trouver du travail. « Je suis allée voir Roland Smith à l’Outremont, et j’en suis sortie avec une job de candygirl. »

Micheline Lanctôt, une amie, lui décrocha des piges dans la boîte d’animation où elle était alors employée… Par désir d’indépendance, Nicole Robert fonda l’entreprise de cinéma d’animation Animabec. Dans la foulée, elle attira l’attention de Rock Demers, qui planchait sur un ambitieux projet : Les contes pour tous.

« Cette rencontre a changé ma vie. Il nous avait demandé, chez Animabec, de faire son visuel pour Les Productions La Fête. Nous avons eu un vrai beau contact, et il m’a offert de venir travailler pour sa société comme responsable des produits dérivés. Ça ne m’allumait pas. Il est revenu en me proposant de produire avec lui La guerre des tuques. »

De son propre aveu, Nicole Robert n’avait à l’époque aucune idée de ce que cela impliquait. Elle savait en revanche qu’elle ne serait pas « la cheffe ».

« J’ai dit à Rock : merci, mais je ne travaille pas pour le monde. Il m’est donc revenu en m’offrant cette fois de devenir vice-présidente des Productions La Fête. Il voulait collaborer avec moi, il faut croire ! »

En acceptant, Nicole Robert devint par extension la productrice de La guerre des tuques : une première expérience qui s’avéra déterminante.

« On s’est “pitchés” là-dedans naïvement, avec une toute petite équipe : un tournage en hiver, avec de la neige, des enfants, un chien… J’apprenais mon métier : je n’avais aucune idée de toutes les fonctions liées au cinéma. Ça s’est bien passé. Et j’ai su que j’étais à ma place. Sur un plateau, je suis comme un poisson dans l’eau : amenez-en, des problèmes ! »

Son esprit artistique lui servit en outre d’emblée, tant pour la recherche de solutions que pour l’accompagnement des cinéastes.

Le goût des premiers films

 

Toujours mue par cette volonté de choisir ses propres projets, Nicole Robert quitta La Fête après Opération beurre de pinottes et fonda Lux Films, en 1987.

« Je voulais me donner les moyens de faire ce que je voulais, de monter les projets de mon choix. »

Car Nicole Robert ne se borne pas à réunir les capitaux nécessaires à la réalisation de tel ou tel film en espérant que celui-ci connaîtra du succès.

« Je choisis ce que je veux amener à l’écran. Je suis très éclectique dans ce que je produis — je suis ouverte à tous les genres. Mais il faut que je sois en accord avec le propos du film, et il faut que le film ait un propos. »

En 1992 survint une autre de ces « rencontres qui changent une vie » : avec Robert Morin, pour le film Requiem pour un beau sans-coeur, dont la productrice reste à raison très fière.

« Quand je l’ai rencontré, j’ai tout de suite voulu travailler avec Robert. Je sais assez vite si je veux travailler avec quelqu’un : je fonctionne énormément à l’intuition. Il m’est arrivé de refuser de bons projets pour cette raison. Ça part de l’humain, toujours. Faire un film, ça prend du temps, des années, et ça demande une étroite collaboration : il faut aimer les humains impliqués. »

Après la comédie d’horreur culte Karmina, en 1996, Nicole Robert fonda,avec Gabriel Pelletier, Jacques Langlois et Richard Speer, GO Films, qu’elle présida avant d’en devenir l’unique actionnaire. Maints jeunes cinéastes purent y réaliser leur premier long métrage : Ricardo Trogi (Québec-Montréal, dont pas un distributeur ne voulait au départ), Yves-Christian Fournier (Tout est parfait), Éric Tessier (Sur le seuil, sélectionné à Sundance après un financement bouclé de haute lutte), Yves Pelletier (Les aimants), Patrice Sauvé (Cheech), Podz (Les sept jours du Talion), Guillaume de Fontenay (Sympathie pour le Diable), Jean-Carl Boucher (Flashwood, par la jeune vedette de 1981 et Cie)…

« J’adore les premières oeuvres. Un premier film possède une liberté, une naïveté et une spontanéité qui ne se répètent pas ensuite. C’est un élan du coeur, comme un premier amour. »

Nombre de ses premières collaborations en engendrèrent d’autres : à l’évidence, on aime retravailler avec Nicole Robert.

Ralentir, ou pas

 

Récemment, elle a vendu GO Films, une filiale de Lux Films, société qu’elle possède toujours et à l’enseigne de laquelle elle poursuit ses activités. Pendant la transition, elle a produit Chien blanc, qui sortira partout le 9 novembre. En 2023 viendra Le plongeur, de Francis Leclerc, d’après le roman primé de Stéphane Larue, et dont elle est la productrice exécutive.

Et il y a ce projet déjà mentionné de série, en anglais, d’après Le vide, de Patrick Senécal (auteur, pour mémoire, de Sur le seuil et des Sept jours du Talion)… Sans parler de 1994-95, de Ricardo Trogi, qui est en processus de financement…

Si Nicole Robert confie vouloir ralentir, avec « le temps qui passe » et tout ça, le fait est que les projets ne manquent pas. D’ailleurs, durant cette entrevue bilan, Nicole Robert a beau regarder dans le rétroviseur, on sent bien que ce qui l’intéresse vraiment, c’est ce qu’il y a devant.

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