Le cinéma en Abitibi, accessible et sans compromis

Éric Tessier, réalisateur du film «Tu te souviendras de moi» qui devait prendre l’affiche il y a deux ans, mais dont la sortie avait été reportée en raison de la pandémie. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Éric Tessier, réalisateur du film «Tu te souviendras de moi» qui devait prendre l’affiche il y a deux ans, mais dont la sortie avait été reportée en raison de la pandémie. 

Le 41e Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT) débute samedi avec la très attendue première de l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Tu te souviendras de moi, réalisée par Éric Tessier. Cette comédie dramatique est à l’image de l’ensemble de la programmation du festival, c’est-à-dire « grand public, mais de qualité », selon Jacques Matte, président et cofondateur de l’événement.

« Ce film d’ouverture a tous les ingrédients d’un grand succès », estime M. Matte. « On parle de la maladie d’Alzheimer, du vieillissement, de l’oubli, dans une approche qui s’apparente à celle de Denys Arcand, avec le regard sociologique d’un professeur sur le monde. Le film fait rire et pleurer à la fois », ajoute-t-il.

Adaptation cinématographique de la pièce éponyme de François Archambault, Tu te souviendras de moi, d’Éric Tessier, devait prendre l’affiche il y a deux ans, mais sa sortie avait été reportée en raison de la pandémie. « C’est une histoire extraordinaire, raconte le réalisateur. On devait sortir le film le 20 mars [2020], une semaine avant le grand confinement. »

Aujourd’hui, Éric Tessier salue la décision de ses distributeurs, qui ont préféré attendre afin d’obtenir une sortie en salle. « C’était la bonne décision à prendre. On ne voulait pas sortir le film en ligne. C’était difficile au début, parce qu’on avait commencé la promotion. On devait avoir une première à Québec et on a dû l’annuler. On ne savait pas ce qui nous attendait, mais on a pris ça une étape à la fois », dit-il.

Des enjeux « d’autant plus actuels »

Tu te souviendras de moi dépeint les pertes de mémoire d’Édouard, un professeur (Rémy Girard) à la retraite aux prises avec la maladie d’Alzheimer. Il oublie tout, sauf ses notions d’histoire, qu’il a enseignées toute sa vie à l’université, ainsi que ses souvenirs de jeunesse, notamment les débuts de sa relation avec son ex-femme (France Castel), la mère de ses enfants, ou encore les traumatismes liés au suicide de sa plus jeune fille, morte à 19 ans.

Bérénice (Karelle Tremblay), une adolescente rebelle en quête d’elle-même, vient s’occuper de lui. Elle lui rappelle sa fille décédée des années plus tôt. La rencontre s’avère transformatrice pour les deux personnages, alors qu’elle lui apporte sérénité et humilité, et, lui, un sens des responsabilités ainsi qu’une conscience sociale alimentée par sa grande culture générale.

« Le film traite de la maladie d’Alzheimer, mais la maladie devient un prétexte pour aborder plein d’autres sujets, notamment la préservation du français », soutient Éric Tessier. En effet, le personnage d’Édouard, pessimiste et hautain, se fait de plus en plus critique de la culture des jeunes, notamment à propos de leur rapport à l’histoire, de leur maîtrise du français et de leur utilisation des réseaux sociaux.

Selon Éric Tessier, son film traite d’enjeux « d’autant plus actuels aujourd’hui ». Lui-même, en tant que père, dit avoir été interpellé par les propos sociopolitiques du récit : « Quand je pense à mes deux garçons, je me dis qu’il faut leur apporter une sensibilité à l’égard du français et se soucier de ce qu’ils vont retenir de notre histoire. Ces thèmes-là ont beaucoup été abordés pendant la campagne électorale et je pense que les gens y sont de plus en plus sensibles. »

Du cinéma accessible, sans compromis

 

Jacques Matte ne cache pas sa satisfaction de pouvoir présenter Tu te souviendras de moi en première mondiale à Rouyn-Noranda. « Je pense que ce film aura beaucoup de succès en salle, et ça nous fait extrêmement plaisir de le présenter chez nous », dit-il.

« Cette année, nos films traitent de sujets nécessaires, mais demeurent accessibles, sans compromis », ajoute celui qui a cofondé l’événement il y a plus de quarante ans et qui est encore responsable, avec deux autres personnes, de sa programmation.

Parmi sa vaste sélection de films à teneur politique, il se dit particulièrement fier de présenter, aussi en première mondiale, En attendant Raif, un documentaire de Luc Côté et Patricio Henriquez. Tourné pendant huit ans, le film présente le long combat d’Ensaf Haidar qui tente de faire libérer son mari, le prisonnier politique Raïf Badawi, un blogueur qui a été détenu pendant dix ans en Arabie saoudite et à qui on interdit toujours de quitter le pays pour les dix prochaines années.

Le FCIAT porte d’ailleurs bien son nom, affichant aussi une abondante sélection de titres internationaux. Parmi les plus attendus, notons Boy from Heaven de Tarik Saleh, qui a remporté le prix du scénario à Cannes en 2022, ou encore La Civil de Teodora Ana Mihai, Prix de l’audace dans la section Un certain regard de Cannes 2021.

Le festival abitibien compte également bon nombre de films québécois, du cinéma d’animation pour les plus jeunes — dont le dernier Michel Ocelot, Le pharaon, le sauvage et la princesse —, ainsi que des courts métrages.

Jacques Matte a « très hâte » de présenter cette première édition sans mesures de distanciation sociale depuis la pandémie. Après 41 ans, il soutient qu’il « n’arrêtera jamais » de travailler à élargir son public, « toujours fidèle et curieux, depuis toutes ces années ».

À voir en vidéo