Les 12 travaux d’Imelda: les souvenirs de la famille Villeneuve

Ginette Reno et Martin Villeneuve sur le plateau des «12 travaux d’Imelda».
Photo: Yanick Macdonald Ginette Reno et Martin Villeneuve sur le plateau des «12 travaux d’Imelda».

Il y a près de 10 ans, Martin Villeneuve réalisait Imelda épisode 1, un court métrage satirique où il interprétait sa sulfureuse — mais attachante — grand-mère, qui venait de mourir. Depuis, cet hommage à ce personnage plus grand que nature s’est déployé en un long métrage autofinancé. Intitulé Les 12 travaux d’Imelda et conçu comme un enchaînement de 12 saynètes comiques, le film prend l’affiche en fin de semaine.

« Imelda était détestable et attachante à la fois. Elle pouvait être très généreuse un instant, puis piquer une crise gratuitement », raconte Martin Villeneuve. Le réalisateur a sans doute réussi à représenter toutes les contradictions qui habitaient sa grand-mère. Aigrie mais orgueilleuse, taciturne mais comique, elle ne passait pas inaperçue dans son petit village de Gentilly, près de Trois-Rivières.

Le film représente donc, en 12 chapitres, de véritables moments de la vie de la défunte grand-mère de Martin Villeneuve. « Toutes les scènes sont inspirées d’histoires réelles. On aurait voulu les inventer que ça n’aurait pas été possible », dit-il.

Les 12 travaux s’ouvre au moment où le père du réalisateur (Robert Lepage) trouve une boîte dans le sous-sol de la maison familiale remplie de souvenirs, captés en VHS et en Super 8. Les chapitres qui suivent relatent divers souvenirs de la famille, avec comme fil conducteur la quête d’Imelda, qui tente de retrouver la trace de son ancien amant disparu, un poète, qu’elle a laissé pour un notaire, avec qui elle a fondé sa famille des décennies plus tôt.

Une expérience « confrontante »

« Il y a toujours eu une forte culture cinéphile à la maison, explique Martin Villeneuve. Mon père a toujours capté nos souvenirs avec ses vieilles caméras. C’est certain que ça nous a influencés, mon frère Denis et moi », ajoute le réalisateur.

Son frère, de 11 ans son aîné, est bel et bien l’illustre cinéaste derrière les succès hollywoodiens Dune et Blade Runner 2049. Martin Villeneuve reconnaît que « Denis a toujours été le préféré de [sa] grand-mère », mais il ne s’est pas empêché de rire de lui dans Les 12 travaux. Vers la fin du film, Imelda envoie de l’argent à Denis, parti tourner à l’étranger, estimant que sa carrière d’artiste ne lui servira à rien…

Authentique affection

Un simple visionnement de la bande-annonce des «12 travaux d’Imelda» pourrait donner l’impression que Martin Villeneuve verse dans la caricature, que son interprétation du personnage est grossière. Il ne faut pas s’arrêter là. Au contraire, on ressent dès les premiers instants du film toute l’affection que le réalisateur porte à sa famille, réelle et fictive.

Le film se déploie comme une charmante mosaïque de personnages colorés et attachants. Bien sûr, la plus colorée demeure Imelda, interprétée avec justesse et sensibilité par Martin Villeneuve. On y reconnaît tout de suite une authentique grand-mère québécoise grincheuse. Malgré quelques dialogues parfois trop écrits, la plupart des scènes font rire de bon coeur parce qu’elles sont vraies, tout simplement.

« Ça a toujours été le grand drame de ma grand-mère, avoir à choisir entre la stabilité et la vie d’artiste », raconte le réalisateur. Ce dernier descend de trois générations de notaires, et raconte avoir eu à se battre pour justifier ses choix de vie à sa famille : « Je n’avais pas de modèle, sauf mon frère. »

L’écriture du scénario des 12 travaux d’Imelda a d’ailleurs été parfois « confrontante », indique Martin Villeneuve, puisque tous les membres de sa famille ont dû l’approuver. « Denis a hurlé de rire », dit-il, mais sa tante (interprétée par Anne-Marie Cadieux), qui raconte dans le film avoir toujours eu la certitude d’être adoptée alors qu’Imelda refusait de l’admettre, « s’est remémoré des souvenirs plus difficiles ». Le film s’est ainsi avéré « thérapeutique », selon le réalisateur.

Une distribution « généreuse »

Martin Villeneuve affirme qu’il s’est entouré d’une distribution particulièrement « généreuse » puisque ses acteurs ont accepté de tourner gratuitement, dit-il, alors que le film a connu moult difficultés de financement.

« J’ai dû me battre avec les institutions tout au long de ma carrière de cinéaste », estime le réalisateur. Les 12 travaux d’Imelda est son deuxième long métrage, après Mars & Avril, un film de science-fiction qui a pris l’affiche en 2012. Dans les deux cas, Téléfilm Canada et la SODEC ne l’ont pas soutenu. Mars & Avril avait notamment fait l’objet d’un financement participatif en ligne.

Financement ou pas, Les 12 travaux d’Imelda affiche une imposante distribution, dont Robert Lepage, Anne-Marie Cadieux, Antoine Bertrand, Yves Jacques, Michel Barrette et nulle autre que Ginette Reno. Elle interprète Simone, l’éternelle ennemie d’Imelda. « Ginette Reno a donné l’une des performances les plus mémorables du cinéma québécois dans Léolo, j’étais donc très honoré qu’elle accepte aussi généreusement de se prêter au jeu », soutient Martin Villeneuve.

La plupart des têtes d’affiche du long métrage reviendront également dans une série de courts métrages, toujours inspirés des histoires d’Imelda, qui paraîtront « dans les prochains mois », indique le réalisateur. Ces courts métrages reprendront certaines scènes du film, alors que les précédents courts métrages sur Imelda, les épisodes 2 et 3 lancés en 2020, ont été ajoutés au long.

Les 12 travaux d’Imelda

★★★

Comédie dramatique de Martin Villeneuve. Avec Martin Villeneuve, Robert Lepage, Michel Barrette, Ginette Reno, Anne-Marie Cadieux, Antoine Bertrand, Yves Jacques, Marc-François Blondin. Québec, 2022, 93 minutes.



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