Télévision - Seuls au monde (ou presque)

L'écrasement d'un avion sur une île déserte, laissant dans son triste sillage quelques survivants, voilà qui n'a rien pour exciter l'imagination. Et pourtant, dès les premières minutes, la scène du désastre donne froid dans le dos, exécutée avec une adresse à rendre jaloux les concepteurs d'Airport. D'ailleurs, signe de la vigueur et de la démesure de la télévision américaine, l'émission-pilote en deux parties, celle sur laquelle reposait le sort de toute la série, fut tournée au coût exceptionnel de 14 millions de dollars, une première qui donne à l'expression «budget inflationniste» tout son sens... Les producteurs de Perdus risquaient beaucoup dans l'aventure et, depuis, ils se frottent les mains de satisfaction.

Les spectateurs se sont d'abord attachés à la figure rassurante de Jack (Matthew Fox), médecin au grand coeur qui, très rapidement, va occuper une fonction de leader parmi les 48 survivants du crash. À ses côtés, Kate (Evangeline Lilly) n'est pas indifférente à son assurance, ni à son charme, prête à le suivre dans la jungle pour tenter de retrouver la tête de l'avion, et surtout un radio émetteur en bon état afin de lancer un SOS. Quelque peu survolté, adoptant un comportement étrange, Charlie (Dominic Managhan, l'un des Hobbits de la trilogie The Lord of the Rings), batteur dans un groupe de rock, va lui aussi donner un coup de main, mais pour des raisons moins altruistes.

Cette lutte pour la survie est déconstruite en autant de flash-back qui nous ramènent, malheureusement pour ceux que la seule idée d'être dans un avion terrorise, peu de temps avant l'accident fatal. Et dont la cause apparaît bien nébuleuse. Or ces instants sont cruciaux pour notre compréhension des personnages, chacun s'activant à camoufler ses secrets, pas toujours honorables. Mais à l'obsession de trouver à boire et à manger s'ajoute un autre défi, nettement plus difficile à surmonter: quelque part dans cette jungle grouillent des bêtes qui, du moins d'après leurs cris et leur appétit, ne ressemblent à rien de connu...

Si J. J. Abrams, avec la précieuse collaboration du scénariste Damon Lindelof, a pu bénéficier de tant de moyens, et embarquer toute une équipe sur une île d'Hawaii, c'est bien parce qu'il est la nouvelle coqueluche de la télévision américaine. Également le créateur de la série d'espionnage Alias, celle-ci, qui en est à sa quatrième année de diffusion, lui a permis de convaincre Tom Cruise d'écrire, et de diriger, Mission: Impossible 3. Fera-t-il mieux que Brian De Palma et John Woo? Rien ni personne ne semble pouvoir ralentir la course de J. J. Abrams. Sauf peut-être un échec cuisant, plus terrifiant et impitoyable que tous les monstres qui peuplent la jungle de Perdus...

Perdus, à partir du jeudi 17 mars à Radio-Canada, 21h.

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