«Coupez!»: Hazanavicius s’approprie avec brio la comédie satirique

Finnegan Oldfield, Bérénice Bejo et Matilda Anna Ingrid Lutz font partie de la distribution du film.
Photo: Les Films Opale Finnegan Oldfield, Bérénice Bejo et Matilda Anna Ingrid Lutz font partie de la distribution du film.

Au cinéma, les histoires de tournages compliqués, voire catastrophiques, sont souvent utilisées pour montrer combien il est ardu de faire un film, et combien le travail d’équipe est la clé de tout. Et comme c’est le cas pour n’importe quelle formule, de La nuit américaine à Downton Abbey: A New Era (Downton Abbey. Une nouvelle ère), en la matière, le meilleur côtoie le pire. Dévoilé à Cannes, Coupez ! relève de la première catégorie. Écrit et réalisé par Michel Hazanavicius, lauréat des Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation pour The Artist (L’artiste), autre hommage au cinéma, il s’agit du remake d’une production japonaise de 2017 : Ne coupez pas !. Loin d’être un désavantage, cet aspect accroît le niveau d’intérêt de ce qui s’avère un brillant exercice métacinématographique.

Tourner le remake d’un film qui parle de cinéma où les personnages tournent eux-mêmes un remake, n’est-ce pas le comble du métacinéma ?

Tout cela démarre pourtant de manière déconcertante, puisqu’on assiste au tournage d’un film de zombies de série Z dont l’équipe est soudain attaquée par de « vrais » zombies. Si les interprètes du film dans le film jouent faux, c’est pire encore une fois que le tournage s’interrompt et qu’on revient dans la « réalité ». Le tout est filmé en un unique et impressionnant plan-séquence, mais il n’empêche que la seule chose qui effraie à ce stade, c’est la ringardise ambiante.

Qui plus est, cette première partie, qui consiste en la présentation du film dans le film (dans le film, il appert), s’avère a priori longuette, le principe métafictif, ou plutôt méta-métafictif, étant vite établi. Vous suivez ? A posteriori cependant, la dimension vertigineuse de la triple mise en abyme s’impose, entraînant une enthousiaste adhésion, en seconde partie.

En troisième partie, la virtuosité de l’ensemble ne fait plus aucun doute : un constat qui s’accompagne d’un irrépressible sourire dont on ne se départira pas du reste du film.

Rire et cogiter

 

Dans sa version, Michel Hazanavicius ajoute en outre une dimension personnelle fort émouvante au jeu métacinématographique. De fait, outre sa compagne et collaboratrice assidue, Bérénice Bejo, dans le premier rôle féminin, sa nièce Raïka Hazanavicius et surtout sa fille Simone (née d’une première union avec la réalisatrice Virginie Lovisone) tiennent des rôles pivots.

Bref, entre hommage aussi irrévérencieux qu’affectueux au 7e art et à ses artisans, et clins d’oeil tous azimuts à George A. Romero (plane le spectre de Dawn of the Dead [Zombie. Le crépuscule des morts-vivants]), Tobe Hooper (l’héroïne fictive couverte de sang souriant à belles dents à la fin comme celle de The Texas Chainsaw Massacre [Massacre à la tronçonneuse]), et Jean-Luc Godard (l’acteur poursuivant un zombie en scandant des slogans anticapitalistes), Michel Hazanavicius se paie la traite.

Pas en reste, les cinéphiles ont amplement de quoi rire et cogiter.

Coupez !

★★★★

Comédie satirique de Michel Hazanavicius. Avec Romain Duris, Bérénice Bejo, Finnegan Oldfield, Matilda Lutz, Lyes Salem, Simone Hazanavicius. France, 2022,111 minutes. En salle.

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