Politique et poétique, la réalité virtuelle au FNC

Image tirée de «From the Main Square», œuvre présentée dans le cadre du volet Explore du FNC
Photo: Fournie par le Centre Phi Image tirée de «From the Main Square», œuvre présentée dans le cadre du volet Explore du FNC

Pour une deuxième année consécutive, le volet du Festival du nouveau cinéma (FNC) dédié à la réalité virtuelle, FNC Explore, s’installe au Centre Phi pour la durée du festival. Dès jeudi, on y présente tout le potentiel poétique et narratif de la réalité virtuelle, dans cette vaste sélection bigarrée mais unie, car toutes les oeuvres recèlent de percutants discours sociopolitiques.

« C’est notre meilleure sélection en dix ans de FNC Explore », se réjouit la responsable de la section, Katayoun Dibamehr. Non seulement les oeuvres surprennent par leur diversité et leur qualité, mais la sélection s’avère particulièrement abondante cette année. Quatorze oeuvres, dont quatre canadiennes, sont présentées, totalisant plus de cinq heures de contenu. Le Devoir en a vu trois.

D’ailleurs, étant donné l’ampleur du programme, le FNC et le Centre Phi invitent les visiteurs à consulter la programmation en ligne avant leur visite et à repérer les oeuvres qui pourraient les intéresser davantage. Des plages horaires d’une heure 45 minutes, au prix régulier de 26,54 $, sont disponibles, durant lesquelles les visiteurs peuvent voir les oeuvres de leur choix avec des casques désignés.

« Nos employés pourront également guider le public dans sa sélection », assure Myriam Achard, cheffe des partenariats, nouveaux médias et relations publiques, chez Phi.

Démentir les préjugés

 

FNC Explore fait démentir bien des préjugés sur les oeuvres de réalité virtuelle. Il ne faut pas s’attendre aux scènes postapocalyptiques, aux décors futuristes ou à l’esthétique post-Internet qu’on a souvent l’habitude de voir, bien qu’on en retrouve un peu. La sélection propose plutôt des oeuvres très variées les unes des autres, autant sur les plans esthétiques que narratifs.

L’oeuvre From the Main Square, du cinéaste allemand d’origine brésilienne Pedro Harres, surprend tout particulièrement. Elle raconte en dessins naïfs et épurés la croissance d’un village fictif, qui se voit vite anéanti, aux prises avec des inégalités sociales et la répression d’un régime autoritaire. Le jeune cinéaste y mêle habilement des codes du cinéma d’animation, dans un univers qui évolue rapidement, en 360 degrés, et où les visiteurs sont appelés à interagir avec les personnages, à leur rythme.

« Ce jeune cinéaste sort de l’école. Donc, quand on l’a découvert au Festival du film de Venise, où il a remporté le Grand Prix du jury, on a été sous le choc, c’est percutant et magnifique », soutient Myriam Achard.

Adoptant un style plus réaliste, proche du documentaire d’enquête pour la télévision mais se permettant également des moments de poésie plus lyriques, On the Morning you Wake, de Pierre Zandrowicz, s’inspire de la véritable histoire d’une fausse alerte Amber au missile balistique, à Hawaï, en 2018. Il en résulte un touchant plaidoyer universel contre la prolifération nucléaire.

« Tous les films se distinguent dans leur manière de faire interagir le public et de présenter des sujets sociopolitiques. On a essayé de présenter le meilleur de la réalité virtuelle de l’année », explique Katayoun Dibamehr. Selon elle, ce médium se prête « plus facilement » à des propositions politiques grâce à « l’immédiateté de l’interaction avec le public », ce qui génère aussi « plus d’émotions ».

Du cinéma à la réalité virtuelle

Selon Katayoun Dibamehr, ce qui fait la force esthétique de la réalité virtuelle, c’est la convergence entre des pratiques issues du cinéma plus « traditionnel » et les arts visuels. Ce fut le cas pour le duo formé par Édith Jorishc, cinéaste, et Miri Chekhanovich, artiste plasticienne dans tous les sens du terme.

Miri Chekhanovich travaille en effet les bioplastiques dans sa pratique artistique. Avec Édith Jorishc, elle explore, dans Plastisapiens — un film produit par Office national du film du Canada —, les possibilités d’un environnement futuriste où les êtres vivants et le plastique ne font qu’un.

Réflexion tantôt apaisante, tantôt inconfortable, sur notre société de consommation, Plastisapiens témoigne d’une recherche approfondie sur les textures et les sensations possibles de cet environnement hybride, comme post-anthropocène.

La section FNC Explore est ouverte au public du jeudi 6 au dimanche 16 octobre, au Centre Phi.

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