«The Good House»: grande actrice, petit film

Sigourney Weaver campe le rôle de Hilby, une agente immobilière qui semble mener une existence des plus enviables.
Michael Tompkins/Lionsgate and Roadside Attractions Sigourney Weaver campe le rôle de Hilby, une agente immobilière qui semble mener une existence des plus enviables.

S’il est un spectacle doux-amer pour un cinéphile, c’est celui d’une actrice — ou d’un acteur — « chouchou » livrant une excellente performance dans une production qui, elle, ne l’est pas du tout. Prenez la formidable Sigourney Weaver qui, sans surprise, est à nouveau cela, formidable, dans The Good House, l’adaptation fort moyenne d’un roman à succès.

Campée dans la très photogénique Nouvelle-Angleterre (la Nouvelle-Écosse dans les faits), l’intrigue s’attarde au sort de Hilby, une agente immobilière spécialisée dans la vente de propriétés de luxe. Brillante, élégante et dotée d’un sens de la répartie assassin, Hilby semble mener une existence des plus enviables.

Or, a-t-elle tôt fait de révéler aux spectateurs lors de l’un de ses nombreux apartés narratifs, elle rentre à peine d’une cure de désintoxication après avoir fait l’objet d’une intervention de la part de ses deux filles adultes et de son ex-mari. De rechutes en black-out, Hilby devra se rendre à l’évidence : alcoolique jadis « fonctionnelle », elle est de plus en plus « dysfonctionnelle ».

Seulement voilà, Hilby peine à s’arracher au déni anesthésiant qui l’a si bien servie, du moins le croit-elle, sa vie durant.

C’est dire que Hilby est une protagoniste captivante possédant une vraie épaisseur psychologique. Autour d’elle gravite une constellation de personnages secondaires ayant chacun leurs secrets. Sans oublier, en toile de fond, cette petite ville idyllique. Bref, il y avait là beaucoup de potentiel.

Pourtant, la magie n’opère pas. Lesdits personnages secondaires sont tous unidimensionnels, et une simple confidence de-ci, de-là, n’y change rien (untel trompe sa conjointe avec une femme mariée, unetelle est en dépression, unetelle est désemparée face à l’autisme de son enfant, etc.). C’est notamment le cas de Frank, incarné par Kevin Kline, qui retrouve ici sa covedette de Dave et de Ice Storm (La tempête de glace) : l’acteur a beau y mettre tout son charme, sa partition se résume à jouer le bon gars de service.

Traités en surface, les dissimulations et malheurs des uns et des autres finissent par engendrer une impression de trop-plein plutôt que de complexité ; comme une minisérie qu’on aurait comprimée en long métrage.

Sans élan ni vision

 

Il est par ailleurs une foule d’éléments intéressants dont le film ne fait, au final, pas grand-chose, par exemple ce talent de Hilby, dont une ancêtre fut pendue pour sorcellerie, pour la lecture à froid.

En dents de scie, le rythme consiste en une suite de temps morts et de soubresauts dramatiques (un retournement tardif impliquant la disparition d’un enfant apparaît particulièrement plaqué). Sur le plan visuel, en dépit de la splendeur naturelle du lieu de tournage, on se croirait souvent devant une banale production Hallmark ou, au mieux, un de ces films romantico-mélos que Netflix tourne à la chaîne sans trop les promouvoir.

En somme, The Good House est aussi dénué d’élan narratif que de vision. Mais il y a Sigourney Weaver : chaque fois qu’elle s’adresse à la caméra, qu’elle s’adresse à nous, on la suivrait n’importe où.

The Good House (V.O.)

★★ 1/2

Drame psychologique de Maya Forbes et Wally Wolodarsky. Sigourney Weaver, Kevin Kline, Morena Baccarin, Rob Delaney. États-Unis, 2021, 114 minutes. En salle.

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