«Maria rêve»: le balai et le pinceau

L’actrice triplement césarisée Karin Viard tient le rôle principal. Maria, «maladroite comme une huître», est terriblement attachante et transmet au spectateur son enchantement face à l’art, telle une évidence.
Photo: Axia Films L’actrice triplement césarisée Karin Viard tient le rôle principal. Maria, «maladroite comme une huître», est terriblement attachante et transmet au spectateur son enchantement face à l’art, telle une évidence.

Maria, quinquagénaire à la longue carrière de femme de ménage, se voit dans l’obligation de se trouver un nouveau poste après le décès de son employeuse, qui lui laisse pour tout souvenir un petit billet et une statuette de pigeon. Ainsi, cette épouse de maçon portugais est engagée dans l’équipe de nettoyage de l’école des beaux-arts. Au milieu de ce temple parisien du génie artistique en devenir, sa timidité et sa maladresse naturelles vont avoir le choc de leur vie : celui de l’art. Au contact des élèves et du concierge de l’école, la technicienne de surface va découvrir un univers qu’elle ne soupçonnait pas et se redécouvrir.

Après avoir gagné en 2020 le César du meilleur court pour Pile poil, Lauriane Escaffre et Yvo Muller s’attaquent au long avec Maria rêve, dont ils signent le scénario en plus de la réalisation. Ils retrouvent ainsi Grégory Gadebois, qui incarnait déjà leur héros dans Pile poil et joue ici le concierge, et dirigent pour la premièrefois l’actrice triplement césarisée Karin Viard dans le rôle principal. Maria, « maladroite comme une huître », est terriblement attachante et transmet au spectateur son enchantement face à l’art, telle une évidence. Et bien que son jeu de Mme Tout-le-Monde soit sans tache, la comédienne crève trop l’écran pour être vraiment crédible en travailleuse « invisible ». On ne saurait cependant lui reprocher de ne pas réussir à se départir de sa présence naturelle. Gadebois, en revanche, se glisse à la perfection dans le costume d’Hubert, concierge pince-sans-rire amouraché de la nouvelle femme de ménage.

Une comédie hybride

 

La relation entre Maria et Hubert tient de la comédie romantique. Pourtant, tout en suivant la trame classique du genre, à aucun moment le scénario ne tombe dans les clichés. Il parvient même à insuffler de la fraîcheur au sujet en tendant vers la comédie dramatique et en proposant une histoire à plusieurs niveaux centrée sur le personnage incarné par Karin Viard. Maria rêve est autant une histoire d’amour qu’une histoire d’émancipation, mais aussi, comme un petit bonus d’Escaffre et Muller, l’histoire d’une femme d’âge mûr qui redécouvre son corps grâce à l’art.

Côté humour, admettons-le, les blagues ne sont pas forcément les meilleures, mais elles sentent le vécu et ont le mérite de fonctionner. Les auteurs se rattrapent sur l’art, encore et toujours, dont ils détournent le classicisme avec irrévérence ou dont ils moquent la conceptualisation farfelue à travers le personnage d’étudiante de Noée Abita.

L’art de filmer l’art

L’école des beaux-arts constitue un écrin incroyable, et les réalisateurs tirent le meilleur parti possible de ce lieu improbable, dont ils font presque un personnage à part entière. Les élèves de l’école ont d’ailleurs participé au film, entre autres, en prêtant leurs oeuvres pour le tournage. Et le binôme Escaffre/Muller a su leur faire honneur. La scène où Maria s’émerveille d’une oeuvre en néon interactive est un délice, et il en va de même pour chaque scène tournée autour de l’art. Contemplatif ou impertinent, le regard que portent les réalisateurs sur les oeuvres déborde d’une curiosité bienveillante qui appelle à revoir ses jugements pratico-pratiques sur l’art contemporain.

Servie par une brochette d’acteurs de prestige, Maria rêve est une comédie rafraîchissante qui donne envie de regarder au-delà du réel et de faire émerger l’artiste en chacun de nous.

Maria rêve

★★★ 1/2

Comédie de Lauriane Escaffre et Yvo Muller avec Karin Viard, Grégory Gadebois et Noée Abita. France, 2022, 93 minutes. En salle.

À voir en vidéo