«Bros»: la gaie romance

Billy Eichner et Luke Macfarlane dans «Bros» de Nicholas Stoller.
Photo: Universal Studios Billy Eichner et Luke Macfarlane dans «Bros» de Nicholas Stoller.

Bobby est un New-Yorkais verbomoteur qui a une tendance à la suranalyse. Deux traits de personnalité qu’il a su mettre à profit en créant un balado consacré à sa passion : l’histoire méconnue des gais. Très écouté, ledit balado vient de lui permettre de décrocher le poste de directeur d’un musée voué à la communauté LGBTQ+. Bref, sa vie professionnelle se porte à merveille. Quant au volet personnel, Bobby se dit ravi de son célibat actif. Quoiqu’il insiste peut-être un peu trop. Ainsi, lorsque son regard croise celui du beau Luke, les certitudes prennent le bord.

De la même manière que son protagoniste affirme ne pas croire en l’amour, le film Bros (Chums) prétend ne pas être une comédie sentimentale traditionnelle, vu l’orientation sexuelle des personnages. C’est vrai et ce ne l’est pas. En effet, les clins d’oeil répétés au classique When Harry Met Sally (Quand Harry rencontre Sally) ou à You’ve Got Mail (Vous avez un message) exacerbent autant les différences que les similitudes qu’affiche Bros par rapport à ses équivalents hétéronormatifs.

Quoi qu’il en soit, ce film hilarant écrit par Billy Eichner, qui incarne Bobby, est une indéniable réussite. Il fallait voir, lors de la première mondiale, au TIFF, il y a quelques semaines, le public enthousiaste se taper sur les cuisses et s’essuyer la commissure des paupières à force de rire (parmi les apparitions spéciales qui ponctuent le film, celle de Debra Messing, vedette de la sitcom pionnière Will & Grace, est la plus désopilante).

Comme dans toutes les productions de Judd Apatow, la teneur humoristique consiste en un mélange redoutable de grivoiserie, d’élans potaches et d’humiliation du héros, dont on s’amuse des déboires tout en forgeant avec lui un solide lien d’empathie. En contraste, une judicieuse dose de pathos offre, de-ci, de-là, un efficace contrepoint dramatique, lequel contrepoint confère une solide assise émotionnelle au récit.

Visuellement, Bros arbore la palette coutumière du producteur, c’est-à-dire pimpante sans être criarde : la facture est en tout point semblable à celle de Trainwreck (Cas désespéré), de Forgetting Sarah Marshall (Oublie Sarah Marshall), ou encore de Get Him to the Greek (72 heures) — Nicholas Stoller, qui signe la mise en scène irréprochable, mais anonyme de Bros, a également réalisé ces deux derniers films.

Sans faux-fuyants

 

La nouveauté ici, et elle est de taille, tient à l’apport particulier de Billy Eichner, qui utilise habilement le travail de son personnage pour glisser une foule d’informations historiques concernant la communauté LGBTQ+ en général, et gaie en particulier.

Le caractère unique de la sexualité gaie est en outre abordé sans faux-fuyants, de la nature transactionnelle du sexe à l’ère des applications aux penchants orgiaques, en passant par l’auguste consommation de « poppers » avant l’acte. Non, le film ne fait pas de tout cela des clichés réducteurs ni ne prétend dépeindre l’ensemble de la communauté. Ce qui est plutôt proposé, c’est un aperçu franc d’une réalité rarement montrée dans une production hollywoodienne.

Au passage, le film se moque gentiment des particularités de tel et tel sous-groupe, mais c’est fait, chaque fois, avec une affection évidente. À cet égard, si la campagne promotionnelle de Universal a un peu hâtivement présenté Bros comme «la première comédie romantique gaie produite par un grand studio», en oubliant commodément Love, Simon (Avec amour, Simon, chez Fox) ou Fire Island (chez Disney), il reste qu’on demeure dans la rareté.

Et, au bout du compte, le film n’en est pas moins un précurseur, avec sa distribution majoritairement issue de la communauté LGBTQ+. Il en résulte un surcroît d’authenticité non négligeable. Cela étant, ce qui compte sans doute le plus, c’est que Bros est juste très, très drôle, et très, très romantique.

Chums (V.F. de Bros)

★★★★

Comédie romantique de Nicholas Stoller. Avec Billy Eichner, Luke Macfarlane, Ts Madison, Monica Raymund, Guillermo Díaz, Guy Branum, Harvey Fierstein. États-Unis, 2022, 115 minutes. En salle.

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