L’amère déception de «Robuste»

Gérard Depardieu dans le film «Robuste».
Photo: K-Films Amérique Gérard Depardieu dans le film «Robuste».

Georges (Gérard Depardieu) est un ponte du cinéma français qui va bientôt commencer un tournage qui ne l’enchante guère. Mais l’acteur, dont la gloutonnerie est à la mesure de l’hypocondrie, se sent bien seul. Un jour, Aïssa (Déborah Lukumuena) est envoyée chez lui en remplacement pour lui servir de garde du corps-assistante. La jeune femme n’a guère que la corpulence en commun avec lui, mais Georges va s’attacher à elle et se rattacher à elle comme à une bouée de sauvetage.

Depuis la série Appelez mon agent, l’envers du décor cinématographique semble s’inviter de plus en plus devant la caméra. Robuste, premier long métrage de la Française Constance Meyer, observe le milieu du septième art à travers le regard d’un de ses plus grands acteurs, Gérard Depardieu, qui, sous couvert d’un prénom d’emprunt, joue son propre rôle. Mais la seule présence du monstre sacré ne suffit pas à faire d’un film un grand film. Tant s’en faut, en l’occurrence. Meyer a encore du chemin à faire si elle veut se hisser parmi les espoirs du cinéma français.

Cela commence par le scénario, également le fruit de Constance Meyer. Celle-ci peine à nous captiver avec ce canevas classique des deux opposés qui se rencontrent. La chimie entre les personnages est loin de sauter aux yeux, et l’évolution de leur relation tourne plus à l’intrusion qu’à la véritable proximité. Le lien fondamental ne ressort pas, au point qu’on finit le film en se disant « tout ça pour ça ».

Toutes les bizarreries qui font le quotidien de l’acteur donnent tout de même un certain charme au film, de l’essayage des costumes à la fabrication de prothèses. C’est aussi un enchantement de voir le grand Gérard se prêter au jeu de la répétition. Son timbre et son phrasé, reconnaissables entre tous, suffisent à nous transporter. Peu importent les mots, car les dialogues écrits par Meyer, qu’il s’agisse de ceux du film ou du film dans le film, n’ont rien de très mémorables.

Une comédie dramatique qui n’en est pas une

L’autre faiblesse, qui aurait pu ne pas en être une, c’est l’humour. Robuste est annoncé comme étant une comédie dramatique, mais celle-ci a oublié de faire rire. La morosité prime sans donner leur chance aux rares moments un peu plus légers du film, qui auraient pourtant rendu le visionnage moins pesant. Le rythme particulièrement mou des 95 minutes du film tend à prouver que le temps est bel et bien une notion relative.

Si le montage brusque peut passer pour un choix artistique défendable, la prise de son et le mixage, eux, n’ont aucune excuse. Le moindre bruit ambiant prend presque le pas sur les dialogues et agresse les oreilles sans qu’on puisse en comprendre l’intérêt. L’ingénieur du son aurait-il oublié de placer des micros sur les acteurs, laissant le soin au mixeur de rattraper ce qui pouvait l’être en postproduction ?

Le regard de la réalisatrice, occasionnellement plus pointu, sauve son film. Sa façon de filmer la lutte, par exemple, comme s’il s’agissait d’une danse entre les deux combattants, démontre l’étendue du réservoir poétique dont elle dispose. De même, la scène presque fantasmagorique de l’aquarium injecte un élan très esthétique qui a l’effet sur le spectateur d’une bouffée d’air frais. On ne peut que regretter que la scène soit si courte.

C’est finalement une amère déception que ce Robuste, pourtant sélectionné dans le cadre de la Semaine de la critique à Cannes en 2021. On ne peut qu’espérer mieux de Constance Meyer pour son deuxième long métrage.

Robuste

★★ 1/2

Comédie dramatique de Constance Meyer avec Gérard Depardieu et Déborah Lukumuena. France, 2022, 95 minutes. En salle.

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