«Climat déréglé, santé en danger»: le Québec en première ligne

Scène du documentaire «Climat déréglé».
Photo: Impact TV Scène du documentaire «Climat déréglé».

«Quand on parle de changements climatiques, on le fait à l’échelle planétaire et ça peut nous sembler loin de nous », dit d’emblée Sofi Langis, réalisatrice et coscénariste (avec Alexandra Cliche-Rivard) de Climat déréglé, santé en danger. Ils représentent pourtant « la plus grande menace pour la santé à laquelle l’humanité est confrontée », prévient sans cesse l’Organisation mondiale de la santé. Pourquoi alors entendons-nous si peu la voix des professionnels de la santé lorsqu’ils tirent la sonnette d’alarme à l’unisson ? « En 2019, par exemple, une vingtaine d’organisations canadiennes liées à la santé adressaient une lettre ouverte aux partis fédéraux, les exhortant à considérer les changements climatiques en tant qu’enjeu de santé publique », se souvient Sofi Langis, qui en a fait le point de départ du processus de création de son documentaire.

Celle-ci estime aujourd’hui que la déconnexion entre les citoyens, les politiques et la crise environnementale résulte du sentiment général de ne pas être concerné. « Dans le documentaire, nous voulions recadrer ce que l’on voit aux nouvelles et associer le tout au contexte des changements climatiques, explique-t-elle. Parler concrètement de leurs conséquences sur notre santé interpelle plus que si l’on montre des icebergs qui fondent ou des ours polaires. » À regarder de plus près le cas d’inondations récurrentes au Québec, le sujet jouit d’une large couverture médiatique. « Mais l’on a rarement entendu le point de vue d’un médecin qui établit un lien avec les changements climatiques », indique Sofi Langis. À ce propos, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, l’une des quatre scientifiques qui participent à Climat déréglé, santé en danger, ne manque pas de faire remarquer, entre autres, que les Québécois qui consultent pour des raisons de détresse psychologique à la suite d’inondations majeures sont nombreux.

Le Québec à la loupe

Parce que le Québec est un microcosmeoù se concentrent les principaux défis liés aux changements climatiques sur le plan mondial — nouvelles maladies, réchauffement extrême des régions subarctiques du Nord qui ont des effets jusque dans le sud de la province, etc. —, sa population est bien plus touchée qu’il n’y paraît. « Le Québec est fascinant à examiner. C’est ici que tout se passe », indique Sofi Langis. Au-delà du personnel médical, la quête de son film l’a également menée sur la piste de microbiologistes et de vétérinaires locaux qui s’intéressent notamment à la virologie. « Bizarrement, nous nous sommes aperçus que les experts alertent sur l’émergence de nouveaux virulents depuis longtemps. Nous parlons beaucoup de la COVID en ce moment, mais il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit que d’un virus parmi tant d’autres », relève la réalisatrice.

Pour Sofi Langis, nous sommes au bord d’un puits sans fond puisqu’il existe des milliers de virus et de bactéries endémiques qui menacent le Québec. L’anaplasmose est d’ailleurs l’un des dangers principaux en Amérique du Nord actuellement : l’infection, qui circule entre les petits mammifères et qui peut être transmise aux humains par une morsure de tique, est d’ores et déjà responsable d’une éclosion dans la province. Un phénomène préoccupant pour la santé publique au vu de l’absence de système de surveillance d’agents pathogènes présents chez les tiques. « On peut imaginer qu’il y a beaucoup d’inconnus encore […] et la situation évolue rapidement », avertit la vétérinaire épidémiologiste Cécile Aenishaenslin dans le documentaire.

« En réalité, nous ne pouvons pas isoler la santé humaine de celle de l’environnement, du territoire, de la faune et de la flore », ajoute Sofi Langis. Selon elle, il est plus judicieux que jamais d’analyser les changements climatiques à l’aune duconcept d’une seule santé, une approche « qui se situe à l’interface humain-animal-environnement […] et qui s’exprime à plusieurs échelles locales [individuelle, communautaire, territoriale] dans un contexte mondial », précise-t-elle. Dans Climat déréglé, santé en danger, la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers souligne en outre que cette vision rejoint celle des Premières Nations, qui entretiennent une relation profonde avec leur territoire depuis toujours.

Ressources et savoirs autochtones

 

« Les personnes dont la santé est la plus affectée par les changements climatiques sont justement les Autochtones. Ils subissent au quotidien leurs conséquences », rappelle Sofi Langis. De fait, elle croit que les communautés du nord du Québec ont un savoir infini sur le dérèglement climatique. La parfaite connaissance de leur territoire serait aussi un atout pour le monde scientifique dans ses études sur le pergélisol et la virologie en lien avec ces écosystèmes. « Climat déréglé, santé en danger m’a cependant permis de constater que les recherches sont présentement menées par des personnes qui n’habitent pas ces régions, regrette la réalisatrice. Sans aucun doute, il manque de chercheurs issus de ces territoires-là. »

Et celle-ci de poursuivre : « Parce que nous, en tant qu’allochtones, nous avons beaucoup à apprendre des Premières Nations, et vice-versa, je pense qu’il est essentiel de médiatiser et de vulgariser les projets des scientifiques afin de les rendre accessibles à tous. » En portant la parole de ceux qu’elle a rencontrés sur le terrain pour son documentaire, Sofi Langis espère ainsi apporter sa pierre à l’édifice et susciter, peut-être, une prise de conscience collective supplémentaire, car notre santé dépend bel et bien des changements climatiques.

Climat déréglé, santéen danger

Télé-Québec,le mercredi28 septembre, 20 h

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