«Moonage Daydream» : transcender la galaxie Bowie

Une scène tirée du film «Moonage Daydream», réalisé par Brett Morgen
Photo: TIFF Une scène tirée du film «Moonage Daydream», réalisé par Brett Morgen

C’est Bowie raconté par Bowie. Brett Morgen oriente l’objectif de son télescope vers l’ovni de la planète rock’n’roll et zoome sur le microcosme protéiforme de David Bowie jusque dans les moindres détails. Dans son plus récent documentaire, le portraitiste du septième art, à qui l’on doit notamment Kurt Cobain: Montage of Heck, brosse un tableau éclatant de l’artiste, à la frontière du jamais vu et, surtout, à l’image d’une icône audacieuse, ambiguë et fascinante pour l’éternité.

Moonage Daydream est, de fait, un ultime hommage expédié dans l’au-delà à David Bowie, plus de six ans après sa disparition, alors que la voix magnétique de son spectre résonne dès les premières secondes. Au gré d’archives, Bowie retrace son expérimentation de l’art, de la musique, de la sexualité, des amours modernes, et évoque sa relation aux apparences, au genre, à la spiritualité et à l’ego pour mieux se défaire « de l’archétype de la rock star déguisée en messie », dit-il lui-même pendant que l’écho de Love Me Do des Beatles se fait entendre et que les visages de ses fans en émoi défilent.

L’art du rythme

Grâce aux prouesses techniques de Brett Morgen, l’homme caméléon, qui n’a jamais été à une contradiction près, accompagne le spectateur dans l’exploration de ce qui a marqué son existence, dans sa façon qu’il a de se mouvoir dans un monde impétueux. Cinq années durant, le cinéaste californien a en effet produit un travail d’orfèvre minutieux en ce qui concerne le montage, assemblant en quelque sorte les milliers de pièces d’un puzzle. Le résultat ressemble à un voyage psychédélique, à la manière de son protagoniste qui n’a eu de cesse de sonder les émotions et les couleurs.

On se perd volontiers dans Moonage Daydream, et puis on rebondit d’une persona de David Bowie à une autre, d’une oeuvre à la suivante, sur des souvenirs pluriels tirés d’albums photo, de discussions, d’enregistrements, de vidéoclips et d’extraits de concerts et de films dans lesquels il a joué ou pas et qui illustrent son extravagance surnaturelle.

Quant aux chansons de Bowie choisies par Morgen pour habiller cette fresque kaléidoscopique — Cracked Actor, Aladdin Sane, Starman, Hallo Spaceboy, Space Oddity, Heroes… —, elles tiennent également le rôle de révélateur des innombrables expressions d’un David Bowie à la fois grandiose et cataclysmal, toujours à l’avant-garde de son temps, de son espace, et jamais dépourvu de son humour tranchant.

Plutôt que de fournir explications et justifications assommantes sur la vie d’idole menée par David Bowie, Moonage Daydream permet à un public tant averti que néophyte de s’évader dans son univers foisonnant et d’observer son élan créatif évoluer de Londres à Berlin, de New York au Japon, du masculin au féminin. Il ne fait désormais aucun doute : David Bowie était bel et bien un homme qui venait d’ailleurs.

Moonage Daydream

★★★★

Documentaire de Brett Morgen. Allemagne–États-Unis, 2022, 135 minutes. En salle en format IMAX dès le 16 septembre, puis en format habituel le 23 septembre.

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