«Niagara» : voyage rocambolesque

François Pérusse, Éric Bernier et Guy Jodoin dans «Niagara».
Photo: Entract films François Pérusse, Éric Bernier et Guy Jodoin dans «Niagara».

Avec les premiers rôles au grand écran de la légende François Pérusse et des flamboyantes Katherine Levac et Véronic Dicaire, Niagara, de Guillaume Lambert, s’impose comme la comédie québécoise la plus attendue de l’automne.

Le cinéaste touche-à-tout, aussi connu pour son travail à la télévision, avait déjà séduit le public et la critique avec son précédent long métrage, Les scènes fortuites (2018), une mise en abyme sur les difficultés personnelles et professionnelles d’un cinéaste dans la jeune trentaine.

Niagara cristallise donc la démarche colorée de Guillaume Lambert, avec une mise en scène empreinte d’influences de la culture populaire, reprenant des thèmes qui lui sont chers, comme le kitsch et la nostalgie. Le scénario, bien que d’un humour absurde efficace, demeure cependant peu convaincant, comme un collage d’idées décousues qui peine à se justifier au sein de l’ensemble.

Distribution en contrastes

 

Le film raconte le voyage à Niagara Falls de deux frères (François Pérusse et Éric Bernier), qui retrouvent leur frère aîné (Guy Jodoin) chez lui pour les funérailles de leur père (Marcel Sabourin), mort d’une crise cardiaque lors d’un Ice Bucket Challenge.

Niagara, qui porte bien son nom, s’ouvre pourtant sur des images de la chute Montmorency, à Québec. Cette première scène donne le ton. Alain, le personnage désabusé de François Pérusse, regarde sombrement la chute et fait une gaffe monumentale, la première d’une longue série.

Guillaume Lambert a raconté au Devoir avoir basé son scénario sur ses acteurs, choisis spécialement pour les personnages. Cela se ressent dès la première scène. On ne s’y attendrait pas, mais François Pérusse — toujours très drôle — interprète à merveille Alain, un être très maladroit, mais très sensible.

Le contraste avec Léo-Louis (Éric Bernier), son richissime frère, prétentieux et froid, donne lieu à de très drôles échanges. Toute la force du film repose sur les contrastes, entre le comique et le dramatique, le sérieux et l’ironie.

Ambiguïté

 

Une certaine ambiguïté entre les différents tons du récit nuit cependant à l’ensemble. Alors qu’on perçoit une volonté sincère, de la part de Guillaume Lambert, de nous sensibiliser à la détresse ou à l’espoir portés par ses personnages, on peine à ressentir l’émotion de certains moments qui se veulent plus touchants.

Les scènes de Niagara s’enchaînent aussi comme une suite d’idées décalées qui, certes, servent l’humour, mais nuisent à la crédibilité de l’émotion. Les circonstances de la mort du père, par exemple, soulèvent des questions. Guillaume Lambert dit s’être intéressé au phénomène des morts au cours des Ice Bucket Challenges lors de l’écriture du scénario, mais cette idée n’est pas assez justifiée, d’autant plus que ce phénomène jadis viral qui encourageait les gens à se verser un sceau de glace sur la tête commence à prendre de l’âge.

Avec des personnages à l’excentricité charmante, et une direction photo maîtrisée — le travail de l’éclairage témoigne habilement de l’évolution du récit —, Niagara plaira quand même aux amateurs de comédies et aux admirateurs de Guillaume Lambert.

Niagara

★★★

Comédie de Guillaume Lambert. Avec François Pérusse, Éric Bernier, Guy Jodoin, Marcel Sabourin, Katherine Levac, Véronic Dicaire. Québec, 2022, 106 minutes. En salle.

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