«Blonde»: ressusciter Marilyn Monroe

Le film «Blonde» propose une alternance d’épisodes marquants documentés de la vie de Marylin Monroe et de séquences relevant de la supputation destinées à une «biographie fictive».
Photo: Netflix Le film «Blonde» propose une alternance d’épisodes marquants documentés de la vie de Marylin Monroe et de séquences relevant de la supputation destinées à une «biographie fictive».

Née Norma Jean Mortenson, ou Baker, selon les sources, elle connut une enfance malheureuse. Rêvant de cinéma, elle se réinventa et vint au monde une seconde fois sous le nom de Marilyn Monroe. Elle connut une ascension fulgurante ; on se l’arrachait, on la désirait. Or, malgré la gloire, le mal-être qui l’habitait depuis toute petite ne la quitta jamais. Au contraire, son désespoir ne fit que croître. Cette dichotomie entre « Norma » et « Marilyn », Andrew Dominik l’évoque brillamment dans Blonde, son film tiré de la fiction biographique de Joyce Carol Oates. Dans une performance hallucinante, Ana de Armas, qui nous a parlé en exclusivité canadienne en compagnie du cinéaste, fait littéralement revivre Marilyn.

Le défi était titanesque pour la comédienne d’origine cubaine, dont la carrière internationale a explosé dans la foulée de sa participation au film Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. En effet, comment se prépare-t-on à incarner celle qui demeure, sans doute, la figure la plus célèbre du septième art ? Et l’une des actrices les plus douées de tous les temps, serait-on tenté d’ajouter.

« Ça a été un processus très long, très complexe, parce qu’il y avait de multiples couches psychologiques. J’ai étroitement travaillé avec Andrew. Outre l’ouvrage de Joyce Carol Oates, je disposais d’heures et d’heures de matériel audio, des films de Marilyn… Les entrevues, les photos… Andrew a créé une incroyable bible visuelle pour l’équipe. Au fond, j’ai essayé de trouver l’être humain derrière Marilyn Monroe. J’ai essayé de trouver sa vérité émotionnelle. Et, oui, je pense moi aussi qu’elle était extrêmement douée. »

Andrew Dominik, qui tenta de faire décoller le projet dès 2010 avec Naomi Watts, puis Jessica Chastain, sans succès, opine avant de renchérir : « Je confesse ne m’être jamais spécialement intéressé à elle avant de plonger dans Blonde. Mes connaissances étaient superficielles. Mais en regardant ses films, j’ai découvert qu’elle avait du génie. Sa performance dans The Prince and the Showgirl (Le prince et la danseuse) est extraordinaire. »

Une Marilyn toute proche

 

Avec adresse, le film propose une alternance d’épisodes marquants documentés et de séquences relevant de la supputation destinées à une « biographie fictive ». Ce parti pris est l’un des nombreux aspects de l’ouvrage de Joyce Carol Oates qui plut à Andrew Dominik.

« Ce que j’ai toutefois le plus aimé de Blonde, c’est que le livre offre une version de ce que c’est être une femme qui correspond d’assez près à ce que plusieurs de mes amies femmes m’ont raconté au fil du temps, confie-t-il. Il y avait aussi cet aspect, comment dire… ? Quand vous connaissez une personne intimement, vous découvrez qu’elle porte en elle toutes sortes de petites histoires et de souvenirs qui contribuent à faire ce qu’elle est. Le livre réussit à recréer ça, mais en prenant pour protagoniste l’une des personnes les plus célèbres de tous les temps. Ainsi, Marilyn devient soudain toute proche, accessible. »

Or, si ce phénomène de proximité fonctionne à ce point, c’est beaucoup grâce à Ana de Armas. Métamorphosée, la vedette de Knives Out (À couteaux tirés) est ahurissante de vérité.

« Je ne suis pas une actrice qui “maintient” le personnage pendant tout le tournage. Ça ne correspond pas à ma personnalité. C’était important pour moi d’en sortir, parce que c’était très lourd, très triste — tout le contraire de l’atmosphère sur le plateau. Cette lourdeur et cette tristesse m’ont accompagnée pendant les neuf semaines de tournage, mais en même temps, l’aventure a été tellement joyeuse et agréable… C’était si satisfaisant sur le plan créatif. Donc c’est paradoxal, parce que j’étais tout du long profondément triste, et profondément heureuse. »

Malmenée par une mère schizophrène en détresse, ballottée entre foyers d’accueil et orphelinats, violée par un dirigeant de studio, flouée dans les salaires négociés alors qu’elle régnait sur le box-office, rarement prise au sérieux avec son étiquette de « blonde écervelée », ou « dumb blonde », elle se bat, dans Blonde, contre le courant qui menace de l’emporter. En vain.

De préciser Andrew Dominik : « Norma éprouve toujours ce sentiment qu’elle n’arrive pas à la cheville de Marilyn. Elle traîne le stigmate d’avoir été une enfant non désirée. »

Dans le film, on la voit tiraillée entre l’image parfaite créée par les studios (puis peaufinée par elle-même) et ce qu’elle est en privé. La tension entre Marilyn et Norma est constante, déchirante.

Un nouveau sens

 

Fleuve, avec sa durée de presque trois heures, Blonde est visuellement et narrativement ambitieux, à l’instar des oeuvres précédentes d’Andrew Dominik, comme The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford. Le film passe ainsi du noir et blanc à la couleur en un flot impressionniste aussi séduisant qu’agressant, cela, afin de nous faire mieux ressentir ce que Marilyn elle-même put ressentir.

« Je l’ai imaginée prisonnière de ses souvenirs, explique le cinéaste. J’ai pris le parti de recourir à des images familières, du genre de celles que vous dénicherez en faisant une recherche sur Google, mais de les présenter de manière à leur conférer un nouveau sens. Ça vaut aussi pour l’utilisation de sa chanson Bye Bye Baby, ici associée à un avortement. Les références à Joe DiMaggio n’ont plus rien de romantique… »

L’idée n’est pas de démolir la légende, mais d’explorer le douloureux parcours de Norma/Marilyn. D’ailleurs, comme la plupart des cinéphiles, Ana de Armas avait une certaine perception du « mythe Marilyn » avant de se joindre au projet. Sa vision est désormais différente.

« J’ai grandi en regardant ses films, mais je ne connaissais pas son histoire. Tout ce que j’ai appris dans le cadre du film à propos de Norma, c’était du nouveau. Comment elle a vécu cette carrière, ce destin, comment elle a fait ce qu’elle a pu… À présent, j’associe ses performances dans chaque film avec ce qui se passait dans sa vie à ce moment-là, donc je les perçois autrement. Ce qui se cachait sous chaque performance, le contexte personnel… Je suis devenue très protectrice à son égard », conclut Ana de Armas.

Le film Blonde prendra l’affiche le 23 septembre, puis paraîtra sur Netflix le 28 septembre.

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