«Pearl»: la petite maison de l’horreur dans la prairie

Mia Goth dans le film «Pearl», de Ti West
Photo: VVS Films Mia Goth dans le film «Pearl», de Ti West

Alors que la Première Guerre mondiale s’éternise, Pearl, une jeune femme vivant dans la ferme familiale avec ses parents, espère le retour de son mari, parti au front. Mais plus encore, la jeune femme se languit d’une autre vie. Elle rêve de danser au cinéma, comme dans les films muets qu’elle dévore en cachette, étouffant entre une mère autoritaire et un père rendu invalide par la pandémie d’influenza qui fait rage. Pearl n’en pouvant plus de sa morne réalité, elle laisse de plus en plus libre cours à ses pulsions tant fantaisistes que… meurtrières.

Avec Pearl, présenté dernièrement en projection de minuit au Festival international du film de Toronto (TIFF) et à l’affiche dès vendredi, le cinéaste Ti West et sa vedette Mia Goth proposent un antépisode macabre, bizarre et franchement réussi à leur brillant X.

À titre indicatif, dans X, Mia Goth incarnait Maxine, une jeune femme avide de célébrité s’apprêtant à tourner un film porno dans une ferme, vers 1979. Un à un, les membres de l’équipe de tournage sont massacrés par la vieille maîtresse de céans : Pearl, également interprétée par Mia Goth sous un remarquable maquillage prosthétique.

Voici donc la fabuleusement douée comédienne de retour pour jouer cette fois la version jeune de Pearl.

 

Or, comme le précisait Ti West (House of the Devil, The Innkeepers) au TIFF au bénéfice d’une salle en délire, inutile d’avoir vu X pour comprendre ou apprécier Pearl. Cela étant, qui a vu X trouvera dans Pearl maintes allusions et références et maints autres intrigants jeux de miroirs : rejet de la part de l’héroïne des conventions et diktats sociaux, conflit intergénérationnel entre elle et ses parents, aspirations artistiques, le meurtre comme exutoire…

L’un des nombreux aspects réjouissants de Pearl, que Ti West a tourné simultanément avec X, est que ce plus récent film, pour tous ses liens avec son prédécesseur, affiche une identité visuelle et narrative propre. Dans X, West convoquait le classique Texas Chainsaw Massacre (Tobe Hopper, 1974), du décor jusqu’à la facture granuleuse de l’image. Dans Pearl, le cinéaste opte à l’inverse pour une palette aux couleurs vibrantes de type Technicolor d’antan et recourt à certains effets volontairement artificiels et vieillots. C’est un peu comme si Douglas Sirk avait décidé de réaliser un film d’horreur plutôt qu’un de ses splendides mélodrames.

Tempérament imprévisible

 

La construction narrative n’est pas la même non plus. Ainsi, il arrive que Pearl progresse de manière lente, mais constante, afin d’instaurer, de nourrir puis de dilater des moments de tension. D’autres passages, en revanche, surviennent et se concluent de manière abrupte. Un tel parti pris aurait pu se solder par un manque de fluidité ou une progression cahin-caha, mais il n’en est rien. Au contraire, cela convient parfaitement au film, puisque c’est à l’image du tempérament imprévisible de la protagoniste, jeune femme tantôt douce et rêveuse, tantôt version hurlante brandissant une hache.

D’ailleurs, il est des plans qui restent en mémoire, qui s’y incrustent. Plusieurs d’entre eux relèvent de la fulgurance horrifique. Le film est en outre émaillé de brefs apartés quasi expérimentaux, là encore en contraste avec X. A contrario, au rayon des similitudes, Pearl est aussi bourré de clins d’oeil et d’hommages, par exemple à What Ever Happened to Baby Jane?, et surtout à The Wizard of Oz (la séquence, c’est le moins qu’on puisse dire, inoubliable avec l’épouvantail).

Il en résulte, pour une seconde fois, un portrait de femme éminemment complexe et fascinant. Mia Goth, qui a coécrit le scénario avec Ti West, n’essaie pas de rendre Pearl attachante ou sympathique : ses actes sont effroyables, indéfendables. Sauf que, malgré tout cela, Pearl ne devient jamais repoussante ou antipathique, ce qui ajoute un niveau d’inconfort bienvenu à un film manifestement peu désireux de choquer pour choquer. Là réside le génie de Mia Goth et de Ti West. Oui, tous deux sont d’ores et déjà affairés à la suite qui bouclera la trilogie : MaXXXine. Et pour une rare fois, c’est là une suite qu’on a très, très hâte de découvrir.

Pearl (V.O.)

★★★★

Horreur de Ti West. Avec Mia Goth, David Corenswet, Tandi Wright, Matthew Sunderland. États-Unis, 2022, 102 minutes. En salle dès le 16 septembre.

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