Le monde florissant des studios à Toronto

Magali Simard s’est jointe au TIFF à sa sortie de l’université.
Photo: Lucy Lu Magali Simard s’est jointe au TIFF à sa sortie de l’université.

« Vous ne pouvez pas juste interviewer une star sur le trottoir sans être interrompu », s’exclame à la blague un employé du Festival international du film de Toronto (TIFF) en apercevant son ancienne collègue Magali Simard en entrevue avec Le Devoir. La Québécoise n’est pas la tête d’affiche de la messe cinématographique, mais c’est tout comme. Pour la première fois de sa fructueuse carrière, l’« étoile » y retourne en tant qu’employée d’un des plus importants studios au pays et elle veut y laisser sa marque.

Magali Simard s’est jointe au TIFF à sa sortie de l’université. Graduellement, elle est passée du roulage des affiches envoyées par la poste à la programmation, un poste qu’elle a occupé pendant une dizaine d’années. L’emploi avait de quoi faire rêver, mais les jours TIFF sont maintenant révolus. Après un passage à la Ville de Toronto, où elle était entre autres responsable d’attirer des productions, la native de Stoneham a vu encore plus grand : le monde florissant des studios. « Ça m’a intriguée de voir à quel point Toronto pouvait attirer autant de productions majeures. C’est tellement plus gros que le monde des festivals. »

En avril, Magali Simard a obtenu le poste de directrice des relations industrielles au studio Cinespace, mastodonte canadien à l’origine de The Handmaid’s Tale. La Québécoise veut que son studio, « presque invisible » aux yeux du grand public, devienne un acteur important sur la scène culturelle.

Le TIFF se présente comme l’occasion parfaite pour amorcer le changement et démontrer que les studios « ne sont pas juste des boîtes à louer ». Deux productions de Cinespace — dont la série allemande 1899 — y seront présentées en première. Le festival ayant autrefois servi de tremplin pour des films comme L’école du rock (School of Rock) et Beauté américaine (American Beauty), il pourrait être cette année une vitrine pour son studio : Cinespace a organisé pour l’occasion une table ronde avec des directeurs de séries télévisées.

Une passionnée de cinéma

 

Les yeux de Magali Simard s’illuminent quand elle parle de cinéma. Malgré sa dizaine d’années d’expérience, elle se sentait « quasiment un enfant » lorsqu’elle a commencé à travailler dans un studio.

Depuis que Magali Simard a obtenu son diplôme en 2006, l’industrie cinématographique n’a cessé de prendre de l’ampleur à Toronto (sauf pendant la pandémie). En 2007, le TIFF a commencé la construction d’un quartier général, le cinéma TIFF Bell Lightbox. La même année, évoquant une « crise » puisque les dépenses pour les productions majeures avaient diminué de 35 % en cinq ans, la Ville de Toronto a créé un ambitieux plan stratégique pour l’industrie du divertissement.

Entre 2017 et 2021, pendant qu’elle occupait le poste de responsable du développement du secteur cinématographique à la Ville de Toronto, les dépenses pour des productions cinématographiques, télévisuelles ou numériques sont passées de 1,8 milliard à 2,5 milliards de dollars.

Réunir des mondes

 

En 2022, Magali Simard a conclu qu’il s’agissait d’un moment opportun pour faire le saut vers le secteur privé. L’industrie cinématographique locale a un avenir prometteur, dit-elle, puisque le nombre de studios continuera d’augmenter à Toronto. Et pour finir de convaincre la gestionnaire, l’entreprise internationale TPG Real Estate Partners a acheté Cinespace pour 1,1 milliard en novembre dernier. « 1,1 milliard, je capote, ça m’intéresse », s’est alors dit la Québécoise.

Magali Simard souhaite aujourd’hui réunir des mondes longtemps séparés, qu’elle a elle-même habités : la scène culturelle torontoise connue du public — dont le TIFF est un emblème — et le milieu de la production, encore dans l’ombre. Plus tard dans la discussion, la Québécoise confie qu’elle a l’impression d’avoir « une mission presque personnelle » pour mettre fin à cette séparation. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a été embauchée par Cinespace.

Magali Simard fait valoir à Cinespace qu’elle gagnerait à avoir un « flair culturel » et à s’intégrer dans la communauté. La table ronde organisée lors du TIFF découle de ce désir. La directrice compte éventuellement amorcer un programme de développement d’employés à Toronto et rendre les studios plus visibles en ville. « Avant, c’était une industrie qui ne voulait pas être vue, mais là, c’est inévitable : l’industrie veut être reconnue. J’aimerais que ce qui se passe dans les studios soit célébré à l’extérieur des studios », note-t-elle.

« Il y a beaucoup à faire », résume la Québécoise, assise sur une terrasse en face du cinéma TIFF Bell Lightbox. « Pourrait-on avoir un tourisme cinématographique à Toronto ? » se demande-t-elle. « Chaque fois que je parle de ce qui se passe dans les studios, tout le monde est intrigué. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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