Harry Styles s'ouvre sur son film «My Policeman» au TIFF

Harry Styles, Emma Corrin et David Dawson à la première mondiale du film «My Policeman» au TIFF.
Cole Burston La Presse canadiene Harry Styles, Emma Corrin et David Dawson à la première mondiale du film «My Policeman» au TIFF.

Au Festival international du film de Toronto, il fallait voir, dimanche, les hordes d’admiratrices et admirateurs postés sur la rue King. La raison de leur présence ? La venue dans la Ville Reine de leur idole Harry Styles, qui présentait en première mondiale au TIFF le film My Policeman, de Michael Grandage, dont il tient la vedette. Le chanteur devenu acteur y incarne Tom, un policier qui, dans l’Angleterre de la fin des années 1950, cache son homosexualité, alors passible de prison. À l’issue de la projection de presse tenue en amont, Harry Styles, visiblement de bonne humeur malgré les récentes controverses entourant l’autre film où il apparaît, Don’t Worry Darling, s’est ouvert tant sur son personnage que sur ses motivations pour s’associer à ce projet.

« Tous les sentiments que Tom éprouve envers les hommes lui sont un peu étrangers », confiait Harry Styles lors d’une conférence de presse tenue à l’issue de la projection de presse du film.

« Je vois Tom comme quelqu’un qui a grandi dans un monde étroit, avec cette idée que le bout du monde était tout proche, mais qui prend graduellement conscience que le bout est plus loin, et plus loin encore. Plein de gens passent toute leur existence dans de telles bulles. »

Basé sur un roman de l’autrice Bethan Roberts, My Policeman se déroule à deux époques : de 1957 à 1959, puis en 1999. Dans le passé, Harry Styles joue Tom, un jeune policier peu instruit mais curieux. Dans son orbite gravitent Patrick, le jeune directeur d’un musée local (David Dawson), et Marion (Emma Corrin), qui s’apprête à devenir institutrice — Linus Roach (révélé en prêtre gai refoulé dans Priest, en 1994), Rupert Everett et Gina McKee (qui vole la vedette) interprètent les versions présentes.

Peur et honte

 

Entre Tom, Patrick et Marion règne une joyeuse amitié, mais il s’avère, et le film n’en fait pas de secret, que Tom et Patrick sont en faits amants. Sa « disposition contre nature » étant illégale en ce temps-là, Tom décide d’épouser Marion, qu’il aime tendrement, mais pas avec la même passion qu’il aime Patrick.

« Tom est un produit de son époque. Pour un homme homosexuel alors, la sexualité était entourée de peur et de honte […] Malgré toute la complexité et la dimension trompeuse du triangle amoureux qui les lie, ils partagent une réelle amitié. L’amour de Tom pour Marion est réel, et l’amour de Tom pour Patrick est réel. Par ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles l’histoire est si dévastatrice est que Marion et Patrick sont vraiment amis. Il y a là un autre amour réel. Cette dualité, le fait que rien n’est noir ou blanc, du genre « tu m’as fait du mal, je ne t’aime plus », me semble coller davantage à la vraie vie. »

Évidemment, le statu quo est impossible, car tant Tom, Patrick que Marion, souffrent. Le drame couve.

 

« L’un des aspects m’ayant le plus attiré, c’est que je crois que la plupart des gens pourront reconnaître une part d’eux-mêmes dans chaque personnage. Et je trouve ça très beau. Tous les personnages possèdent de belles qualités… et certains défauts que nous espérons tous ne pas avoir, mais en tant qu’humains, nous avons tous des défauts. Donc, les gens pourront également se reconnaître sur ce plan. C’est très humain ; ça a résonné en moi. »

En deçà du sujet

Le sujet est fort, poignant, et doit être revisité, c’est l’évidence. Sauf que My Policeman n’est souvent pas à la hauteur de celui-ci, avec ses choix techniques et plastiques peu subtils : le présent aux couleurs délavées illustrant la tristesse des personnages, les flash-back filtrés au sépia « vieille photo » des jours heureux, les enchaînements répétitifs d’un plan de personnage troublé vers un plan de mer déchaînée…

Tout cela est parfaitement fonctionnel, mais dénué, justement, de cette passion censée habiter Tom au passé, et qu’il réprimera ensuite sa vie durant.

Dévoilée quelques jours plus tôt, la comédie romantique Bros, l’une des premières d’un grand studio axée exclusivement sur une relation amoureuse entre deux hommes, contient une quantité quasi inépuisable de bonnes répliques. Pendant le visionnement de My Policeman, l’une d’elles revenait sans cesse en mémoire, soit lorsque le personnage de Billy Eichner, aussi scénariste, observe à propos des films hollywoodiens « charnières » consacrés à l’homosexualité tels que Philadelphia et Brokeback Mountain : « Hollywood et les hétéros aiment nous voir souffrir au cinéma, nous les gais. »

Certes, ce n’est pas la faute du film de Michael Grandage, qui est lui-même ouvertement gai, mais il reste que l’observation de Billy Eichner, qui l’est également, n’est pas fausse : My Policeman, faute d’une réelle vision, paraît un brin figé dans le temps, à l’instar de ses personnages de 1999.

Or, après l’électrochoc comique et caustique de Bros, on a l’impression d’être passé à autre chose, ou enfin, d’avoir franchi une nouvelle étape. Quoi qu’il en soit, on aura l’occasion d’y réfléchir et d’y revenir, My Policeman sortant plus tard cet automne.

Le film My Policeman prendra l’affiche le 21 octobre puis paraître sur la plateforme Prime Video le 4 novembre

À voir en vidéo