Il pleuvait des paillettes

Les préparatifs allaient bon train mercredi, à la veille du Festival international du film de Toronto.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Les préparatifs allaient bon train mercredi, à la veille du Festival international du film de Toronto.

Du 8 au 18 septembre, certains des plus gros noms du cinéma mondial seront de passage au Festival international du film de Toronto (TIFF) afin de soutenir leur projet du moment à grand renfort de glamour. Jennifer Lawrence, Steven Spielberg, Daniel Craig, Olivia Colman, Jessica Chastain, Park Chan-wook, Viola Davis, Hirokazu Kore-eda et même la chanteuse Taylor Swift, pour n’en nommer qu’une poignée, franchiront ainsi le seuil de l’étincelant TIFF Bell Lightbox, fief de l’événement.

Le reporter s’y pointe un jour avant tout ce beau, riche et célèbre monde, la tête pleine des découvertes cinématographiques et des entrevues qui l’attendent, les yeux d’ores et déjà remplis d’étoiles, bien qu’il fît un soleil radieux à son arrivée.

En débarquant au centre-ville de Toronto la veille de l’ouverture, on n’est pas trop dépaysé d’emblée par rapport à Montréal : jusqu’à la ligne d’horizon, les cônes orange se succèdent, tout comme les travaux de construction. C’est difficile à croire, mais le lendemain, le tapis rouge et les flashs d’appareils photo éclipseront ce morne panorama.

Qui plus est, après un cru essentiellement virtuel en 2020 et un autre hybride en 2021 en raison de la pandémie, il flotte dans l’air une évidente envie de célébrer.

Ça tombe bien, puisque la programmation 2022 a de quoi rassasier l’appétit des cinéphiles les plus gourmands — au risque de leur faire frôler l’indigestion.

Si de gros titres viennent d’être dévoilés à la Mostra de Venise et au Festival de Telluride, éternels compétiteurs du TIFF, caprices des calendriers obligent, nombre de productions prestigieuses auront leur baptême ici. Peut-être la plus attendue est-elle The Fabelmans, le nouveau film de Steven Spielberg, décrit comme une oeuvre largement autobiographique — c’est tout ce qu’on en sait puisque rien n’a filtré jusqu’à présent. Espérons quand même que l’immense cinéaste américain, à tout juste 75 ans, n’en soit pas déjà à livrer son testament cinématographique : on en veut encore.

Autre film biographique qui pique la curiosité, dans un registre « fou raide » celui-là : Weird, sur la vie et la carrière de l’humoriste « Weird Al » Yankovic (Daniel Radcliffe, on le présume plus Swiss Army Man que Harry Potter), dont les chansons et vidéoclips parodiques firent sensation dans les années 1980-1990. Evan Rachel Wood (Westworld) y incarne Madonna. On a hâte.

Craig, Fonda, Crowe et compagnie

 

Tout comme on ne tient pas en place en attendant de découvrir la comédie policière Glass Onion: A Knives Out Mystery, suite de l’énorme succès surprise Knives Out, pour laquelle rempilent le réalisateur Rian Johnson et la star Daniel Craig. Il s’agit également d’une première mondiale, à l’instar du film The Woman King, de Gina Prince-Bythewood, sur une générale (Viola Davis) qui dirige une faction de guerrières, les Agojies, dans le royaume du Dahomey, aujourd’hui le Bénin.

Et Moving On, de Paul Weisz, où Jane Fonda et son amie Lily Tomlin se vengent d’un méchant veuf… Et Bros, une comédie romantique gaie qui reçoit le traitement « vulgairement hilarant » du producteur Judd Apatow (Superbad, Trainwreck)… Et The Menu, de Mark Mylod, comédie d’horreur noire où Ralph Fiennes joue un chef inquiétant et Anya Taylor-Joy, une convive perplexe… Et The Good Nurse, de Tobias Lindholm, film à suspense médical où Jessica Chastain, en infirmière suspicieuse, et Eddie Redmayne, en collègue tueur en série, s’affrontent…

Sans oublier Causeway, de Lila Neugebauer, où Jennifer Lawrence incarne une vétérane ayant subi un important traumatisme crânien, mais qui ne pense pourtant qu’à repartir en Afghanistan. Ni The Greatest Beer Run Ever, de Peter Farrelly, dont c’est le premier film depuis sa victoire controversée aux Oscar avec Green Book. À nouveau, le réalisateur revisite les années 1960, avec, ce coup-ci, la guerre du Vietnam en toile de fond ; avec Zac Efron, Russell Crowe et Bill Murray.

Parlera-t-on encore de quelques-uns de ces films le temps des Oscar venu ? C’est le but ! Vu son positionnement, le TIFF est une vitrine privilégiée pour l’industrie.

D’un « buzz » à l’autre

À la liste s’ajoutent évidemment une kyrielle de productions de catégorie A précédées d’un « buzz » après Venise et Telluride : The Whale, de Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Black Swan), dont la vedette, Brendan Fraser, effectue à ce qu’on dit le retour professionnel de l’année ;Empire of Light, de Sam Mendes (007 Skyfall, 1917), récit sentimental campé dans l’Angleterre des années 1980, avec Olivia Colman ; The Wonder, de Sebastián Lelio (Oscar du meilleur film étranger pour Une femme fantastique), où Florence Pugh joue une infirmière chargée de trouver l’origine médicale d’un apparent miracle survenu dans un village irlandais en 1859…

Entre les projections, le TIFF est aussi l’occasion pour nous, critiques et journalistes, de faire le plein d’entrevues avec une partie de « tout ce beau, riche et célèbre monde » en vue des sorties en salle des films. Un marathon qui s’amorce, en somme, mais sur un lit de paillettes plutôt que d’asphalte. Il y a pire métier.

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