«Beast»: une bête qui ne mâche pas ses effets

L’acteur Idris Elba, qui incarne le docteur Nate Samuels, un homme prêt à tout sacrifier pour sauver ses enfants
Universal Pictures L’acteur Idris Elba, qui incarne le docteur Nate Samuels, un homme prêt à tout sacrifier pour sauver ses enfants

Tout, absolument tout, est prévisible dans Beast (La bête) de Baltasar Kormákur (101 Reykjavik, The Deep, Everest). En tout cas, pour qui a vu Cujo, Jaws, Jurassic Park, Terminator et autres thrillers dans lesquels le méchant (qu’il soit chien, requin, tyrannosaure ou cyborg) refuse de mourir. Il surgit encore et encore, provoquant sursauts après sursauts chez les spectateurs — qui savent pourtant pertinemment qu’une apparition va avoir lieu… attention, maintenant ! Et là encore !D’abord de plus en plus enragé, ensuite de plus en plus amoché, l’adversaire persiste et signe du sang des autres, puis du sien.

Mais rendons à César ce qui lui revient et reconnaissons que deux éléments surprendront (un peu) ceux qui fréquentent les salles obscures.

D’abord, le long métrage dure à peine plus de 90 minutes. Une rareté en cet âge du superhéros boursoufflé en matière de durée (et de muscles). Beast est en effet d’une rugissante efficacité, parce que son scénario est droit comme une flèche : on va de A à Z sans détour ni enflure. De là à dire que l’histoire est mince, il n’y a qu’un pas. Franchissons-le.

Autre surprise : révélé dans District 9, le Sud-Africain Sharlto Copley est souvent devenu, sur ce continent, le méchant de service (pensons à Elysium et Maleficent) ; mais ici, il est l’allié des hommes, des bêtes et de la nature. Trop bon pour survivre ? Poser la question…

L’ennemi, alors ? Un lion. Un monstre de rage et de puissance. De crocs et de griffes. Oh, et de pixels et d’animation. Le résultat est extrêmement réussi. Parlez-en à Idris Elba (Thor, The Dark Tower, Mandela) ! Le docteur Nate Samuels, personnage qu’il incarne ici avec l’intensité et le charisme voulus, aura besoin de muscles autant que de cervelle, de débrouillardise autant que de coeur, pour protéger ses deux adolescentes (Iyana Halley et Leah Sava, convaincantes).

L’homme, bourrelé de remords ou de regrets (on comprendra pourquoi au fil du récit et par l’intermédiaire de« rêves » totalement inutiles), a décidé de se rendre avec elles dans le village africain qui a vu naître son épouse récemment décédée. Histoire que les filles touchent aux racines de leur mère.

Les voilà dans la brousse (mention spéciale à la photographie de Philippe Rousselot), en compagnie d’« oncle » Martin (entrée de l’ami Sharlto, excellent comme d’habitude) qui les connaît depuis toujours. Il s’occupe de la réserve voisine où — surprise ? toujours pas… — sévissent des braconniers sans cœur et sans âme. Donc, interchangeables. Mais nécessaires pour forger un ennemi pétri de fureur (et pour tracer en filigrane le message écologique).

Ils ne sont pas des personnages, ils sont une fonction. Et, honnêtement, on s’en fiche. Ce qu’on veut voir, c’est la bête et son adversaire. Le lion pour qui la vengeance est un plat qui se mange tiédasse. L’homme prêt à tout sacrifier pour sauver ses enfants.

Parallèle intéressant à explorer entre ces deux mâles alpha. Mais Beast ne s’attache pas à ces détails. Faut que ça morde, que ça déchire, que ça éventre. Bref, que ça roule.

La bête (V.F. de Beast)

★★★ 1/2

Thriller d’aventures de Baltasar Kormákur. Avec Idris Elba, Sharlto Copley, Iyana Halley, Leah Sava. États-Unis. 93 minutes. En salle.

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