«Un été comme ça»: un exercice d’introspection

Dans le film «Un été comme ça», le cinéaste Denis Côté laisse place à l’émotion brute.
Photo: Maison4tiers Dans le film «Un été comme ça», le cinéaste Denis Côté laisse place à l’émotion brute.

Dans une chambre sombre, dénuée de tout élément de décor, une femme gît, suspendue au-dessus du sol par des cordes qui entravent ses mouvements.

Autour d’elle, des mains s’affairent, celles d’un homme, qui nouent, croisent, serrent les ficelles dans des gestes lents et appliqués, pour créer des motifs complexes. La scène est violente, presque intolérable de prime abord. Puis, la caméra, appliquée, non intrusive, laisse deviner des éléments de douceur, de tendresse même. C’est qu’il émane du modèle un abandon total, une confiance, un profond sentiment de paix, alors qu’elle s’offre, entière, à l’expérience.

La comédienne Larissa Corriveau a suivi un entraînement intensif de Shibari — cet art japonais lié au bondage — avant de se prêter au jeu devant la caméra. Elle voulait rendre justice à l’art, outrepasser les clichés fétichistes et comprendre l’apaisement qu’il procurait à son personnage.

Un esprit de bienveillance

 

Cet esprit de bienveillance, de respect et d’intelligence de l’autre plane sur l’entièreté du nouveau film de Denis Côté, Un été comme ça, dans lequel trois femmes entretenant des rapports problématiques et complexes à la sexualité sont invitées à s’isoler, pendant 26 jours, dans une maison en forêt.

Accompagnées par Octavia (Anne Ratte-Polle), chercheuse en psychiatrie, et Sami (Samir Guesmi), travailleur social, Léonie (Larissa Corriveau), Geisha (Aude Mathieu) et Eugénie (Laure Giappiconi) se dévoilent, se confrontent, se lient d’amitié, se remémorent et rêvent. Elles existent, en somme, dans leurs blessures et leurs contradictions, leurs fantasmes et leurs élans, sublimées par l’effort d’introspection qu’exigent le retrait et le confinement.

Le nouveau film de Denis Côté, dans lequel trois femmes entretenant des rapports problématiques et complexes à la sexualité sont invitées à s’isoler, pendant 26 jours, dans une maison en forêt. Elles se dévoilent, se confrontent, se lient d’amitié, se remémorent et rêvent

Le langage du corps

Tout, de la sexualité aux aveux, en passant par les prises de conscience, les conversations et les activités anodines, surgit de cette plongée dans l’intimité des personnages, dévoilée tantôt dans des regards fuyants ou invitants immortalisés par des plans rapprochés, tantôt dans de longs dithyrambes qui exposent leurs traumas, leur vision du monde, leurs souvenirs.

Les trois actrices, éblouissantes, offrent un jeu physique teinté d’intériorité, qui repose sur un langage du corps plus que sur des intentions justifiées par un contexte.

Chez Denis Côté, les femmes sont nues, elles se masturbent, se rasent, s’offrent, séduisent ; leur corps comme miroir de l’humain derrière, caressé par le regard d’un artiste qui tente de se délester de son rapport à l’érotisation, à l’esthétisation, au désir. La mécanique d’autorestriction est perceptible, et se reflète chez le spectateur.

Pour ce dernier, l’expérience est à la fois sensorielle et cérébrale, bouleversée par l’absence de codes ou de manichéisme. Selon la vision de chacun, la sexualité choque ou émeut, se présente comme une prison ou un outil vers la liberté et l’affirmation de soi.

Le cinéaste laisse place à l’émotion brute, celle qui bouleverse assez pour induire un arrêt, une remise en question d’une vision restrictive de la conjugalité qui impose aux femmes de se conformer à un cadre très précis.

Une forme de souveraineté

 

Il y a quelque chose qui relève du conte dans ce film dans lequel la trajectoire comme la résolution sont accessoires.

Les trois protagonistes n’existent que dans le moment présent, dans une liberté, une nudité de corps et d’esprit organique et libératrice, qui leur permet de revendiquer une certaine forme de souveraineté, et d’exister au-delà du jugement.

Un été comme ça

★★★ 1/2

Drame de Denis Côté. Avec Larissa Corriveau, Laure Giappiconi et Aude Mathieu. Québec, 2022, 137 minutes.

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