«Glorious»: boss de bécosse

Le film ne serait pas autant cohésif sans l’interprétation de Ryan Kwanten, qui livre une performance  tragicomique parfois très émouvante.
Shudder Le film ne serait pas autant cohésif sans l’interprétation de Ryan Kwanten, qui livre une performance tragicomique parfois très émouvante.

Dans une toilette publique, un inconnu décide d’engager la conversation : malaise. Il n’empêche, en soi, cette situation n’a rien d’extraordinaire. Et si ledit inconnu demeurait tapi dans la cabine voisine et ne communiquait que par l’entremise d’un « glory hole » percé dans la cloison au profit d’usagers en rut ? Et si, encore, ce mystérieux occupant déclarait être… un dieu. Ah, un détail : il est soudain impossible de quitter les toilettes en question. On pourrait alors, à n’en pas douter, parler d’une situation extraordinaire. C’est en l’occurrence exactement le sort qui attend Wes, un automobiliste malchanceux qui se trouve coincé dans les toilettes d’une halte routière, dans le délirant Glorious.

Réalisé avec des trésors d’imagination et d’ingéniosité par Rebekah McKendry à partir d’un budget dont la modestie ne se fait guère sentir, Glorious s’avère un huis clos fort original. Tout en respectant le cadre confiné qu’elle s’est imposé, la cinéaste parvient à transcender les limites spatiales de celui-ci en plongeant par intermittence dans la tête du protagoniste, un antihéros qui est pour ainsi dire, au départ, un canevas vierge.

Au gré de ces séquences tantôt oniriques, tantôt hallucinées (les influences vont de Cronenberg à Lynch), on en vient à cerner davantage le personnage. On comprend qu’il vit une rupture, ou qu’il a fui une ex, mais que le souvenir de cette dernière le hante… Petit à petit, tant le passé de Wes que le sous-texte féministe du film se précisent.

En revanche, l’identité de la personne — ou plutôt de l’entité — dans la cabine d’à côté est vite dévoilée. Ce faisant, le film prend une tangente distinctement lovecraftienne sans toutefois perdre sa propension à l’humour noir.

Acteurs investis

 

Éclaté en apparence, mais étonnamment cohésif au bout du compte, Glorious ne fonctionnerait pas de la sorte sans l’interprétation complètement investie de Ryan Kwanten. Au diapason de la dimension volontairement excessive du film, la vedette des séries True Blood et Them livre une performance tragicomique parfois très émouvante.

Son partenaire J.K. Simmons n’est pas en reste. Non, on ne voit jamais la vedette « oscarisée » de Whiplash et de Being the Ricardos, mais on l’entend. Avec sa voix puissante, caverneuse, et dont on reconnaît immédiatement le grain particulier, l’acteur fait tour à tour hurler de rire et frissonner d’effroi. D’autant qu’il adopte un ton quasi badin, en contraste avec la nature ahurissante des affirmations qu’il formule.

Au bout du compte, Glorious constitue une illustration aussi drôle qu’effroyable de l’auguste adage voulant qu’il vaille mieux ne pas parler aux inconnus. Surtout dans des toilettes publiques.

Glorious (V.O.)

★★★ 1/2

Horreur de Rebekah McKendry. Avec Ryan Kwanten, J.K. Simmons, Tordy Clark, Sylvia Grace Crim, André Lamar. États-Unis, 2022, 79 minutes. Sur Shudder le 18 août, puis en VSD à une date ultérieure.

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