Acculturation en forêt amazonienne

Une scène du documentaire «Adeus, Capitao», sur la nation gavião brésilienne, présenté au festival Présence autochtone. 
Photo: Videos nas Aldeias Une scène du documentaire «Adeus, Capitao», sur la nation gavião brésilienne, présenté au festival Présence autochtone. 

Dans les profondeurs de l’Amazonie brésilienne, les conséquences du contact avec la colonisation se sont fait sentir avant même que les Autochtones ne rencontrent des Blancs. C’est par la maladie que la colonisation a d’abord décimé les Autochtones. C’est ce que raconte le fascinant documentaire de Vincent Carelli, Adeus, Capitão, présenté au festival Présence autochtone ce dimanche.

Durant des décennies, Carelli a filmé le combat de Krohokrenhum, chef de la nation gavião, en Amazonie, pour la survie de sa culture et de sa langue. Le film commence en fait à la fin du processus, lorsque Carelli revient au village avec ses archives et celles du frère José Caron, un missionnaire ayant oeuvré dans la communauté, pour les partager avec les survivants. Il se termine avec le décès de Krohokrenhum, pleuré par sa communauté et par Vincent Carelli, qui était devenu son ami.

La volonté d’un homme

Tourné principalement en portugais et en parkatêjê, la langue de ces Autochtones gavião, et sous-titré en anglais, Adeus, Capitão tente de reconstruire l’histoire de cette communauté vidée de sa culture, qui doit désormais compter sur la volonté d’un homme pour que ses savoirs survivent. On apprend notamment que plusieurs filles, dont la soeur et la fille de Krohokrenhum, ayant été emmenées enfants parmi les Blancs lors des épidémies liées à l’arrivée des colonisateurs, ne sont jamais revenues.

Au fil de nombreuses entrevues, le chef Krohokrenhum, dit le Capitaine, raconte les difficultés qu’il rencontre en tentant d’emmener les jeunes membres de sa communauté, vivant aujourd’hui à l’occidentale, à participer à un festival traditionnel gavião, par exemple avec les chants d’usage et les corps nus peints en conséquence.

« Krohokrenhum parlait encore sa langue, mais il n’avait personne avec qui causer », relève Vincent Carelli.

À cet égard, le rôle de la caméra est assez impressionnant. En effet, Vincent Carelli montre aux Autochtones les images qu’il a prises d’eux, et ceux-ci prennent conscience de leur acculturation. Ils décident ensuite de se refaire percer les lèvres à la manière de leurs aînés. « Ils ont vécu avec une image très négative d’eux-mêmes », dit le cinéaste, joint par Le Devoir au Brésil. « Ils étaient perçus comme dangereux dans la région. »

Le film raconte également les tensions et les guerres meurtrières qui existaient entre les différents groupes de Gaviaos dans la région.

 

D’une durée de presque trois heures, Adeus, Capitão semble être le travail de toute une vie, tant pour Vincent Carelli, qui a entre autres fondé un centre de travail autochtone dans la région, que pour le chef Krohokrenhum qu’il suit. En cours de route, ce dernier se retrouve en négociations avec différentes compagnies pour autoriser le passage de routes et de lignes d’électricité sur le territoire gavião, dans la forêt amazonienne.

« Autour du territoire occupé par les Autochtones, il y a des pâturages en très mauvais état. Les enjeux environnementaux sont importants », raconte Vincent Carelli.

Le réalisateur recevra, dans le cadre du festival Présence autochtone, un prix d’accomplissement historique « pour son travail de quatre décennies pour donner image et voix aux peuples autochtones du Brésil ».

Par ailleurs, comme chaque année, le festival Présence autochtone présentera une sélection internationale de films sur les enjeux autochtones, en compétition au Cinéma du Musée.

 

À partir de lundi, le colloque Regards autochtones sur les Amériques prendra place. Chaque année, cet événement se donne pour mission de « construire des ponts entre l’université et le monde du cinéma et des médias autochtones ». Notamment en présence de la documentariste abénaquise Alanis O’Bomsawin et d’une brochette de réalisateurs séminoles, maoris, wayuus, cherokees et mohawks, on s’interrogera cette fois sur : « Qu’est-ce qui soutient le cinéma autochtone ? » et « Qu’est-ce que le cinéma autochtone soutient ? ». L’événement se tiendra à Kahnawake et à Montréal.

Adeus, Capitão

Vincent Carelli, Brésil, 2 h 55 minutes. Cinéma du Musée, dimanche 14 août, 20 h.

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