Un délirant huis clos sur rails

Aaron Taylor-Johnson et Brad Pitt dans le film «Train à grande vitesse»
Photo: Sony Pictures Aaron Taylor-Johnson et Brad Pitt dans le film «Train à grande vitesse»

Imaginons qu’en compagnie des huit salopards de The Hateful Eight, Quentin Tarantino — avec, sous le bras, la trame sonore de Kill Bill — monte dans l’Orient-Express d’Agatha Christie.

Entrée en gare de Train à grande vitesse (V.F. de Bullet Train) de David Leitch, ex-doublure de Brad Pitt (entre autres dans Fight Club), avec qui il collabore pour une huitième fois. Mais ici à titre de réalisateur, puisque c’est derrière la caméra qu’oeuvre désormais celui qui a pris la barre de l’explosif Blonde atomique, du déjanté Deadpool 2 et du « testostéronesque » Rapides et dangereux présentent Hobbs et Shaw.

Des titres qui donnent une idée du genre que pratique Leitch : la comédie où l’action déboule et où la violence, enrobée de chansons « pas rapport », est si exagérée qu’elle provoque hoquets de surprise, grimaces et rires. Cela, dans l’ordre et le désordre… contrairement aux affrontements minutieusement chorégraphiés qui occupent l’écran. Et qui, ce coup-ci, se déroulent dans l’espace confiné de voitures de train.

Adapté du roman Bullet Train de Kōtarō Isaka (publié en français aux Presses de la Cité), Train à grande vitesse se déroule à bord du TGV reliant Tokyo à Kyoto en moins de deux heures et demie. Le long métrage faisant un peu plus de deux heures, on assiste donc presque en temps réel à ce trajet banal dont le train-train déraille à cause de la présence de sept assassins parmi les passagers. Parmi eux, Ladybug (Brad Pitt, en véritable amour de Coccinelle tant il est craquant d’humour et d’autodérision), tueur malchanceux, en contact téléphonique constant avec sa gestionnaire, dont la voix ressemble à celle de Sandra Bullock. Pour cause, puisque c’est la sienne, et elle le prouve le temps d’une apparition. Il y a d’ailleurs plusieurs de ces apparitions éclair dans le film. Bien que peu utiles à l’intrigue, elles dessinent un portrait sympathique de la famille cinématographique en train de se former autour du réalisateur.

La mission de Ladybug : récupérer une mystérieuse valise. Pas compliqué. Sauf que six autres assassins ont la même. Parmi eux, Tangerine et Lemon (Aaron Taylor-Johnson et Brian Tyree Henry, formant un tandem aussi dépareillé que complice) ; Prince (Joey King en adolescente psychopathe… qu’il aurait été chouette, dans ce contexte, de voir botter des fesses comme elle le fait dans The Princess) ; The Elder (légendaire Hiroyuki Sanada), etc. Sur tout ce pas beau monde plane l’ombre de White Death (Michael Shannon, suintant de splendeur malsaine).

Une distribution qui, bien que diversifiée, a fait tiquer : les personnages du roman étant tous des Japonais, la production a été accusée de « white washing ». Critique à laquelle Kōtarō Isaka n’a pas adhéré, disant que ses personnages sont « ethniquement malléables ». Le Japon et sa culture sont tout de même très présents dans le long métrage, défilant à grande vitesse par les fenêtres du train (le trajet a été filmé puis projeté sur des écrans LED pour le tournage) et s’incarnant dans la plupart des passagers de même que dans une certaine voiture.

Mené à un train d’enfer, Train à grande vitesse est un divertissement de haut vol (Brad Pitt rejoignant cet été Tom Cruise dans le firmament des stars flirtant avec la soixantaine). Il prouve que superproduction ne rime pas nécessairement avec franchise formatée et que ce genre de films peut même demander de ne pas laisser son cerveau au vestiaire (le tout se tient en effet pour qui reste alerte). Enfin, oui, cet exercice ne sert qu’à divertir. Certains le trouveront inutile, ils n’auront pas tort. D’autres le diront jouissif, ils auront raison.

Train à grande vitesse (V.F. de Bullet Train)

★★★★

Comédie d’action de David Leitch. Avec Brad Pitt, Joey King, Aaron Taylor-Johnson, Brian Tyree Henry. États-Unis. 126 minutes. En salle.

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