«Prey»: Tasse-toi Predator!

Dotée d’une capacité de raisonnement à l’image de ses réflexes, c’est-à-dire redoutable, Naru (fabuleuse Amber Midthunder) est une protagoniste intrépide et courageuse à qui l’on s’attache d’emblée.
Photo: Disney+ Dotée d’une capacité de raisonnement à l’image de ses réflexes, c’est-à-dire redoutable, Naru (fabuleuse Amber Midthunder) est une protagoniste intrépide et courageuse à qui l’on s’attache d’emblée.

Au début du XVIIIe siècle vit Naru, une jeune femme qui refuse obstinément de se plier aux diktats de sa communauté comanche. Pisteuse douée, Naru est convaincue de son potentiel de guerrière et de chasseuse, mais tant sa mère que son frère aîné, le chouchou du clan, souhaiteraient la voir se montrer plus « raisonnable ». Mais voilà : après qu’eurent été découvertes des carcasses d’animaux massacrés, Naru se retrouve nez à nez avec une créature aussi élusive qu’invulnérable… venue du ciel. Antépisode du classique du cinéma d’action Predator, Prey (Proie) s’avère une bonne surprise, en plus de reposer sur les épaules d’une formidable héroïne.

L’étonnement quant à la qualité — et à la réussite — du film n’est pas feint, puisqu’après Predator 2 (1990), Predators (Les prédateurs, 2010), The Predator (Le prédateur, 2018), ainsi que les affligeants Alien vs. Predator (2004) et Alien vs. Predator. Requiem (2007), la série était, c’est le moins qu’on puisse dire, usée.

De retour après 10 Cloverfield Lane, déjà une suite concluante du succès Cloverfield, Dan Trachtenberg signe une mise en scène haletante. Laquelle dénote une réelle inventivité : pourtant nombreuses, les séquences de poursuites à travers champs ou dans la forêt ne deviennent jamais répétitives.

Au contraire, le réalisateur s’est manifestement ingénié, avec succès, à varier les plaisirs en matière de mouvements de caméra et de prises de vue (cette séquence où la silhouette invisible du « Predator » est révélée lorsque recouverte du sang d’un grizzly : wow !). D’ailleurs, Prey affiche une très belle facture : une vraie atmosphère. Spécialiste autant du cinéma d’action que d’horreur, le directeur photo Jeff Cutter a tout particulièrement soigné la lumière. Chargées de menace, les ombres sylvestres s’accentuent la nuit venue…

Une double quête

 

Dotée d’une capacité de raisonnement à l’image de ses réflexes, c’est-à-dire redoutable, Naru (fabuleuse Amber Midthunder) est une protagoniste intrépide et courageuse à qui l’on s’attache d’emblée. Sa quête d’autodétermination et de reconnaissance est en outre double. De fait, d’un côté, Naru est forcée de composer avec les siens, qui doutent de ses capacités en lui mettant volontiers des bâtons dans les roues, tandis que, de l’autre, elle doit non seulement traquer le monstre, mais aussi contraindre ce dernier à l’affronter.

Cet aspect, inédit dans la série, est en l’occurrence le plus intéressant du film. Car par sa nature, le « Predator » est un superprédateur qui chasse, pour le sport et afin d’établir chaque fois sa supériorité sur les principaux prédateurs des planètes qu’il visite. Or, initialement, le « Predator » semble refuser de considérer Naru comme une proie digne de lui. Mal lui en prendra, pour notre plus grand plaisir.

Certes, tout ne fonctionne pas parfaitement. Par exemple, au mitan environ, l’apparition soudaine de colons (dans tous les sens du terme) européens vient quelque peu casser l’ambiance. L’ajout de ces importuns vient par surcroît distraire de la trame principale, centrée autour de Naru. Il convient cependant de préciser qu’au bout d’un moment, Trachtenberg parvient à bien arrimer ce volet, offrant à terme une séquence de massacre dans la brume du matin des plus mémorables. Bref, à l’instar de sa jeune héroïne, Prey possède autant d’énergie que de jugeote.

Proie (V.F. de Prey)

★★★ 1/2

Action de Dan Trachtenberg. Avec Amber Midthunder, Dakota Beavers, Dane DiLiegro, Stormee Kipp, Michelle Thrush, Julian Black Antelope. États-Unis, 2022, 99 minutes. Sur Disney+. À noter que le film sera également offert en version doublée en comanche avec les voix des interprètes originaux.

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