«Fire of Love»: les liaisons intrépides

Une scène tirée du documentaire, où l’on voit Katia Krafft, dans un costume en aluminium, debout près d’un écoulement de lave sur le volcan Krafla, en Islande.
Photo: Image’Est Une scène tirée du documentaire, où l’on voit Katia Krafft, dans un costume en aluminium, debout près d’un écoulement de lave sur le volcan Krafla, en Islande.

Katia et Maurice Krafft sont allés jusqu’au bout de leur passion, au sens propre comme au figuré. Le couple de cinéastes et scientifiques français qui se vouait à l’étude des volcans a péri le 3 juin 1991 au pied du mont Unzen, un complexe volcanique situé sur la pointe sud-ouest du Japon. Ils ont été emportés par un souffle de cendres et de gaz de la même nature que celui qui avait fait 57 victimes lors de l’éruption du mont St. Helens, dans l’État de Washington, en 1980. La documentariste Sara Dosa raconte la vie des Krafft dans Fire of Love, un documentaire splendide et terrifiant sur le plan visuel.

Katia (Catherine) a fait ses études universitaires en chimie et en physique, Maurice en géologie. Elle prenait et analysait des échantillons de gaz, de roches et de lave et photographiait ses sujets ; lui partait à la découverte, filmant ses rencontres avec ces dangereux phénomènes terrestres. Au travail comme en amour, ils se complétaient, intrépides volcanologues dont l’audace et la détermination suscitaient l’envie de leurs collègues moins intrépides ou courageux.

C’est leur histoire que raconte Sara Dosa à partir d’un magnifique travail de montage et d’édition des nombreux films que le couple a tirés de ses expéditions à travers le monde, toujours à la recherche de la prochaine éruption. Même sans la narration (dont on se serait par ailleurs passé, la voix de l’actrice Miranda July est d’une telle monotonie qu’elle réussirait à éteindre le Krakatoa) ou les quelques entrevues menées avec ceux qui ont connu les Krafft, ce film aurait été un gâteau pour les yeux, les images captées (800 bobines de film !) par Maurice ne cessant de nous fasciner, et parfois de nous faire rigoler, comme cette expédition en pneumatique d’occasion sur un lac acide formé près d’un volcan. Restée sur la rive, Katia rage face à l’insouciance de son mari…

Hors du cercle des volcanologues, peu connaissent le nom Krafft ou encore leur contribution à la science et au monde — on apprendra à l’écoute du film l’importance de leurs efforts pour conscientiser la population aux dangers des volcans, après la catastrophique éruption du Nevado del Ruiz en Colombie (1985) ayant fait plus de 25 000 victimes. C’est grâce à leur film que les autorités philippines ont choisi de faire évacuer des dizaines de milliers d’habitants de la région du mont Pinatubo cinq jours avant son éruption, en 1991, qui a tout de même fait plus de 800 victimes.

Or, les Français, eux, ont bien connu Maurice Krafft, personnage médiatisé invité sur les plateaux télé pour parler de sa passion pour les volcans, avec son allure roublarde et insouciante : « Je n’ai jamais peur parce que j’ai vu tellement d’éruptions en 23 ans que même si je meurs demain, je m’en fiche », a-t-il déjà déclaré en entrevue. C’est par ses apparitions télé, ses documentaires et ses nombreux ouvrages sur les volcans que le couple finançait ses expéditions à travers le monde.

Présenté au festival de Sundance, puis à South by Southwest plus tôt cette année, Fire of Love a valu à Sara Dosa quelques distinctions, notamment pour la qualité de son montage.

Fire of Love

★★★ 1/2

Documentaire de Sara Dosa. États-Unis–Canada, 2022, 93 minutes. En salle.

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