«Les héroïques», criant de vérité

Le scénario du premier long métrage du cinéaste français Maxime Roy est directement inspiré de la vie de son comédien principal, François Créton (à droite), qui joue avec son fils Roméo (à gauche).
Photo: Photos K-Films Amérique Le scénario du premier long métrage du cinéaste français Maxime Roy est directement inspiré de la vie de son comédien principal, François Créton (à droite), qui joue avec son fils Roméo (à gauche).

Les héroïques, premier long métrage du jeune réalisateur français Maxime Roy, est bouleversant. Dans ce drame social inspiré de la vie réelle de l’interprète principal, François Créton, Roy expose le tumultueux quotidien d’un homme usé par l’alcool et la méthadone qui tente de recoller les morceaux de sa vie tiraillée entre son fils aîné Léo, la mère de son tout jeune enfant et son père en fin de vie.

On est saisis dès la toute première scène. Michel Kowalski, l’alter ego de François Créton (on a envie de voir dans ce nom fictif un clin d’oeil au pilote automobile amphétaminé roulant à sa perte dans le film culte Vanishing Point), se confie lors d’une réunion des Alcooliques anonymes. La caméra, discrète, est plantée derrière la douzaine de participants, la lentille fixée sur son visage émacié émergeant par-dessus une épaule. Son témoignage est criant de vérité ; à 53 ans, Créton (ou Kowalski) est au bout du rouleau, sans boulot, avec à sa charge un enfant d’un an dont il n’a pas le courage de partager la garde avec celle qui l’a quitté peu après la naissance du bébé. Au bord des larmes, l’ex-junkie en vient même à maudire son abstinence.

Tous ses proches lui suggèrent de « grandir », enfin. Avec sa veste de cuir noire portant l’inscription « LOSER » au dos, le vieux punk, qui s’exprime en verlan (on a ici l’image d’un Renaud paumé), roule à moto dans un Paris méconnaissable. En chemin, on fait la connaissance de son fils aîné, Léo (Roméo Créton, l’authentique fils de François et le frère de l’actrice Lola Créton), d’Hélène (Clotilde Courau), son ex et la mère de l’enfant, puis de son père, Claude, interprété par Richard Bohringer.

Photo: K-Films Amérique Richard Bohringer et François Creton dans le film «Les Héroïques»

Du récit comme tel, il y a somme toute peu à dire. Pour Michel, à chaque jour suffit sa peine, et ainsi se tient (fort bien) le scénario. Il fait tantôt la fête avec les amis de Léo, il se rend au bureau de chômage avec son CV écrit à la main sur une feuille de papier pour se faire dire qu’il doit suivre une formation de mécanicien pour pouvoir décrocher un travail de réparateur de motos. Il passe chercher son bébé pour le ramener chez lui, dans ce demi-sous-sol aux allures de squat.

Michel est aussi confronté au sort qui attend son père. En filigrane du récit de ce marginal, à qui on s’attache beaucoup malgré ses failles, se trame celui des relations père-fils rendues délicates par la situation peu enviable du personnage principal. Léo cherche à prendre ses distances de Michel, qui, lui, tient son père pour responsable de ses dérives, alors qu’il doit prendre soin d’un enfant dont il ne veut pas.

En entrevue avec Le Devoir, Maxime Roy a raconté la genèse de son film, lequel fut développé à partir du court métrage documentaire Beautiful Loser, qu’il a fait à propos du vrai François Créton, et de la relation de ce dernier avec son propre père mourant. « Tout est fiction, mais c’est tellement sa vie », confiait le réalisateur. Et c’est précisément ce qui rend ce film si bouleversant, cette fiction qu’on prend pour vérité, ce voile levé sur la marginalité et la solidarité qui, parfois, apparaît, lorsque Michel trouve du soutien auprès de Josiane (Ariane Ascaride), conjointe de Claude, et de Jean-Pierre (Patrick d’Assumçao), intervenant aux Alcooliques anonymes.

Les héroïques

★★★ 1/2

Drame de Maxime Roy.Avec François Créton, Roméo Créton, Ariane Ascaride, Richard Bohringer. France, 2021, 99 minutes. En salle.

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