Les intrigantes «confessions» de Luc Picard

Luc Picard dans une scène du film «Confessions»
Photo: Les Films Opale Luc Picard dans une scène du film «Confessions»

Réaliser Confessions, mais aussi incarner Gérald Gallant, l’un des plus grands tueurs à gages du Québec (voire du Canada), qui a sévi pendant une trentaine d’années, était un défi de taille pour Luc Picard. Comment, en effet, réussir à captiver les spectateurs pendant près de deux heures sans laisser la personnalité quasi soporifique du personnage principal prendre le dessus ni tendre vers la glorification des actes de barbarie qu’il a commis ?

Certainement dans la maîtrise d’un jeu d’équilibre constant. Car il y a le Gérald Gallant bègue, rejeté depuis l’enfance par sa propre famille, époux ennuyeux et homme invisible pour la société, sans intérêt aucun. Et il y a le Gérald Gallant qui abat ses victimes de sang-froid — rappelons qu’il a commis 28 meurtres et 15 attentats, notamment lors de la guerre des motards qui a secoué le Québec dans les années 1990 —, qui entretient une relation extraconjugale, qui est un manipulateur croyant à ses propres mensonges et qui n’hésite pas à dénoncer ses collègues pour peut-être se tirer d’affaire.

Si le scénario de Sylvain Guy est une adaptation de l’enquête Gallant. Confessions d’un tueur à gages des journalistes Éric Thibault et Félix Séguin, parue aux Éditions du Journal en 2015, l’histoire vraie mise à l’écran dans Confessions happe d’autant plus qu’elle est morcelée entre le présent et le passé, la bonhomie et l’abjection, l’amour et la mort, le mensonge et le vide.

Le rythme frénétique et dichotomique du film ne laisse aucun répit au spectateur, qui se demande sans cesse qui est finalement Gérald Gallant. Un gentilhomme prisonnier de ses démons ? Une ordure qui se fait passer pour un saint ? Un tueur à gages, tout simplement, que le scénariste et le réalisateur condamnent sans appel à l’issue d’allers-retours troublants entre la psychologie complexe de Gallant et l’évidente monstruosité de ses actes.

Pour ce faire, Sylvain Guy (à l’écriture) et Luc Picard (à l’interprétation) ont eu accès aux longues heures d’interrogatoire de Gérald Gallant par la police. Et le résultat n’en est que plus réaliste.

La constellation Gérald Gallant

 

Bien sûr, la démonstration des paradoxes de Gérald Gallant ne serait pas aussi intrigante sans le concours des personnages secondaires créés par Sylvain Guy sur la base de gens réels.

On pense entre autres à la profondeur de celui de Jocelyne Lacroix, la maîtresse de l’impitoyable tueur à gages. Grâce à elle, on se rend vite compte que Gérald Gallant est une coquille vide, dépourvue d’une quelconque empathie. Sandrine Bisson, par la qualité de son jeu, permet par ailleurs à Luc Picard d’être convaincant sans jamais trop en faire.

Il y a aussi le complice de Gérald Gallant, Dolly, joué par David La Haye, personnage essentiel qui apporte une légère touche d’humour et d’humanité à cet univers noir et cynique, au même titre que ce qu’amène au récit la musique originale — et toujours remarquable — de Daniel Bélanger.

Confessions

★★★

Drame de Luc Picard. Avec Luc Picard, David La Haye, Sandrine Bisson, Éveline Gélinas, Dany Boudreault, Emmanuel Charest, Jean-François Boudreau, Bobby Beshro, Maxim Gaudette et Louise Portal. Canada (Québec), 2020, 109 minutes. En salle.

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