«The Gray Man»: explosions, trahisons et déception

Dans «The Gray Man», les Russo délaissent les superpouvoirs, mais embrassent plus que jamais leur goût pour les scènes d’action trépidantes. Dommage que le scénario ne soit pas du même calibre.
Photo: Netflix Dans «The Gray Man», les Russo délaissent les superpouvoirs, mais embrassent plus que jamais leur goût pour les scènes d’action trépidantes. Dommage que le scénario ne soit pas du même calibre.

On doit aux frères Anthony et Joe Russo l’un des meilleurs films de l’Univers cinématographique Marvel (MCU) : Captain America : the Winter Soldier (Capitaine America : le Soldat de l’hiver). Le duo a également réalisé trois autres films dudit MCU, dont Avengers : Endgame (Avengers : Phase finale). Produit pour Netflix, The Gray Man (L’homme gris), qui met en vedette des Ryan Gosling, Chris Evans et Ana de Armas très en verve, voit les Russo délaisser les superpouvoirs, mais embrasser plus que jamais leur goût pour les scènes d’action trépidantes. Dommage que le scénario ne soit pas du même calibre.

Coécrit par Joe Russo, Christopher Markus et Stephen McFeely, ces deux derniers déjà scribes d’Endgame, le film démarre de manière prometteuse, alors qu’un certain Fitzroy (Billy Bob Thornton, d’un stoïcisme savoureux) recrute pour le compte d’une agence gouvernementale ultrasecrète un jeune détenu irrévérencieux (Ryan Gosling, tout de charisme et de sourires en coin) prénommé Court. À vrai dire, les dialogues sont en eux-mêmes ordinaires, mais les deux vedettes les livrent à la manière d’une joute de ping-pong, de telle sorte qu’on est d’emblée séduit.

Le même phénomène se répète avec l’entrée en scène de Chris Evans, qui offre une variation de son personnage de Knives Out (À couteaux tirés) en remontant de plusieurs crans le niveau de psychopathologie.

L’intrigue faussement sinueuse raconte, grosso modo, comment Court, nom de code « Six », se retrouve à devoir fuir l’agence lorsque celle-ci tombe aux mains d’un sous-directeur fourbe. Lequel sous-directeur lance aux trousses de Six, qui est en possession de documents compromettants, un ancien agent, Lloyd (Evans) aussi dangereux que sans scrupule. D’où l’enlèvement de la jeune nièce de Fitzroy dans un volet qui n’est pas sans rappeler le souvenir du culte Commando (1985), avec Arnold Schwarzenegger.

En agente alliée de Six, et qui en l’occurrence ne cesse de lui sauver les fesses, Ana de Armas tire elle aussi son épingle du jeu, à l’instar de la toujours formidable Alfre Woodard, brève mais mémorable en directrice d’agence retraitée, mais pas sur la touche pour autant.

Comme un succédané

 

Pour le compte, la distribution de haut vol s’avère bien meilleure que le film proprement dit. À terme, The Gray Man s’apparente en effet à un succédané brouillon de Jason Bourne à la sauce James Bond.

Le premier acte est le plus imprévisible et divertissant, et le troisième, le plus redondant et inabouti. L’épilogue apparaît d’autant plus longuet que tout ce qui s’y déroule se révèle parfaitement prévisible.

À noter par ailleurs que tout du long, la facture est tour à tour très soignée, et très banale, bizarrement. Il faut savoir que sur ces grosses productions, outre la principale, une seconde équipe tourne du matériel en parallèle. Sachant cela, c’en est à se demander si l’apport de celle-ci a été moins bien produit.

Évidemment, la porte demeure à la fin toute grande ouverte pour une suite. Le cas échéant, on ne peut qu’espérer que les frères Russo se soucieront davantage du scénario.

L’homme gris (V.F. de The Gray Man)

★★ 1/2

Action de Anthony et Joe Russo. Avec Ryan Gosling, Chris Evans, Ana de Armas, Billy Bob Thornton, Regé-Jean Page, Jessica Henwick, Julia Butters, Alfre Woodard. États-Unis, 2022, 129 minutes. En salle le 15 juillet et sur Netflix le 22 juillet.

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