«Where the Crawdads Sing»: l’enfant du marais

Kya Clark (interprétée par Daisy Edgar-Jones) est la fille d’une brute alcoolique et dont la mère, puis les frères  et sœurs, ont chacun leur tour quitté la cabane familiale sise  au fin fond des marécages.
Columbia Pictures Kya Clark (interprétée par Daisy Edgar-Jones) est la fille d’une brute alcoolique et dont la mère, puis les frères et sœurs, ont chacun leur tour quitté la cabane familiale sise au fin fond des marécages.

Paru en 2018, le roman Where the Crawdads Sing (Là où chantent les écrevisses) s’est jusqu’ici écoulé à plus de 12 millions d’exemplaires. On y conte les malheurs, les amours, les malheurs encore, puis le bonheur enfin, d’une jeune femme qui a survécu seule dans les marais de la Caroline du Nord depuis l’enfance. Reese Whiterspoon fut parmi les premières à inclure l’oeuvre dans son populaire club de lecture.C’est donc sans surprise qu’on retrouve son nom, en tant que productrice, au générique de l’adaptation cinématographique réalisée par Olivia Newman. Or, quelque chose semble s’être perdu en cours de route.

Le film, malgré une facture soignée et une interprétation d’ensemble de très belle tenue, s’avère étonnamment peu mémorable. L’histoire relate, avec force retours en arrière, le destin de Kya Clark (Daisy Edgar-Jones, vedette charismatique de la série Normal People et du film Fresh), fille d’une brute alcoolique et dont la mère, puis les frères et soeurs, ont chacun leur tour quitté la cabane familiale sise au fin fond des marécages.

Un séduisant voisin, Tate (Taylor John Smith, convaincant), lui apprendra à lire… et à aimer. Des commerçants bienveillants (Sterling Macer Jr. et Michael Hyatt, merveilleux) l’aideront à subsister. Mais voici que la découverte d’un cadavre se meut en chasse aux sorcières. Recluse, Kya est évidemment la coupable toute désignée aux yeux de la populace convaincue de sa propre vertu, mais qui dans les faits ostracise la jeune femme depuis l’enfance.

Le film débute en l’occurrence avec l’arrestation de Kya et, comme le roman, le scénario de Lucy Alibar maintient une ambiguïté quant au meurtre, qui a peut-être été commis par quelqu’un d’autre ou qui n’est peut-être, en réalité, qu’un bête accident.

Hélas, entre le procès au présent et un triangle amoureux au passé, le suspense n’est jamais au rendez-vous. À la tension, le film préfère le mélodrame, péchant volontiers par excès de mièvrerie : une propension mise en veilleuse le temps de deux séquences éprouvantes. Pour le compte, le film aurait gagné à être moins propret dans son approche, par exemple en mettant en relief la dynamique entre prédateurs et proies présente dans le marais, puisqu’il s’agit après tout d’un des thèmes centraux de l’intrigue.

Peu plausible

 

Circonscrits en première partie, l’apprentissage de la lecture de Kya et son amour croissant pour Tate constituent les meilleurs passages. Quoique, et c’est là une invraisemblance issue du roman, on peine à croire que l’héroïne non seulement apprenne à lire et à écrire si vite, mais devienne tout aussi rapidement une brillante scientifique autodidacte doublée d’une autrice et d’une illustratrice hors pair. Le traitement du racisme, par l’entremise du couple de bienfaiteurs, paraît en outre idéalisé compte tenu du contexte sudiste des années 1950-1960.

Quant au procès entrecoupé de flash-back, il a pour seule qualité la présence du toujours excellent David Strathairn (Dolores Claiborne), émouvant en avocat de la défense qui, à la manière d’Atticus Finch dans To Kill a Mockingbird (Du silence et des ombres), s’inscrit en faux contre les préjugés de sa communauté.

Le dénouement, et on ne vendra pas la mèche, sinon pour préciser qu’il est lui aussi repris tel quel du roman, ne tient pas la route. Au moins le film s’abstient-il de recourir au sempiternel montage montrant, a posteriori, ce qui s’est vraiment passé. C’est une décision d’autant plus avisée qu’à un moment, un des personnages formule une hypothèse en mettant sans le savoir dans le mille, mais en précisant d’emblée combien celle-ci est improbable. L’ennui, c’est qu’il a sur ce point parfaitement raison.

Pour l’anecdote, Delia Owens, l’autrice du roman, a fait l’objet d’articles d’investigation de la part de plusieurs publications, dont Slate et Time. Zoologiste à la retraite, elle a en effet dû quitter la Zambie, où elle a longtemps résidé et travaillé avec son ex-conjoint, Mark Owens, et où les autorités désirent toujours les interroger en lien avec une affaire d’homicide non résolu. Voilà qui ferait un bon film.

Là où chantent les écrevisses (V.F. de Where the Crawdads Sing)

★★

Drame d’Olivia Newman. Avec Daisy Edgar-Jones, Taylor John Smith, Harris Dickinson, David Strathairn, Sterling Macer Jr. et Michael Hyatt. États-Unis, 2022, 122 minutes. En salle.

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