«En corps»: en chair et en âme

Le quotidien d’Élise (Marion Barbeau), danseuse classique qui voit sa vie tranquille basculer alors qu’elle se blesse, devient pour le cinéaste Cédric Klapisch un ballet  à inventer.
Emmanuelle Jacobson Roques Le quotidien d’Élise (Marion Barbeau), danseuse classique qui voit sa vie tranquille basculer alors qu’elle se blesse, devient pour le cinéaste Cédric Klapisch un ballet à inventer.

Partout, du mouvement. Véritable ode à la danse, le film En corps est rythmé par les chorégraphies. Celles des danseurs, évidemment, lors d’éblouissantes scènes de spectacles et de répétitions, mais aussi dans la manière qu’a Cédric Klapisch de raconter son histoire, de la découper, de la filmer, ici avec le concours du directeur de la photographie Alexis Kavyrchine.

Le quotidien d’Élise, danseuse classique à l’Opéra de Paris qui voit sa vie tranquille basculer alors qu’elle se blesse sérieusement, devient pour le cinéaste français un ballet à inventer, puisque plan après plan, Élise doit réinterpréter sa façon de vivre pour se propulser dans sa propre existence et s’émanciper enfin. D’une scène de retrouvailles avec son partenaire à une séance de physiothérapie, tout est envisagé pour embarquer le spectateur dans une perpétuelle chorégraphie.

Bien sûr, cette mise en mouvement des choses les plus banales et universelles est servie par une distribution composée en grande partie de danseurs professionnels. Le personnage principal est notamment joué, et transcendé, par Marion Barbeau, première danseuse du ballet de l’Opéra de Paris qui, grâce à En corps, se révèle en tant qu’actrice. Hofesh Shechter y tient quant à lui son propre rôle, celui de chorégraphe de danse moderne et contemporaine qui épaule Élise dans sa renaissance. Rappelons par ailleurs que pour écrire son scénario, Cédric Klapisch, qui a par le passé réalisé des captations et des documentaires sur la danse, a été inspiré par sa rencontre avec ces deux artistes.

Se relever

 

Pour mener à bien cette quête identitaire, Élise peut, entre autres, compter sur deux personnages féminins forts et éloquents. Sabrina (éclatante Souheila Yacoub) d’abord, une ancienne danseuse qui n’a jamais peur de dire ce qu’elle pense — surtout pour ébranler le patriarcat dans des dialogues chaque fois divins — et de faire ce que bon lui semble, sert d’exemple à suivre pour Élise, car elle aussi a dû se reconstruire après une blessure qui a mis fin à son parcours professionnel. De même, le couple que Sabrina forme avec Loïc (Pio Marmaï) détonne autant qu’il réconforte. Et puis il y a Josiane (Muriel Robin), figure maternelle de substitution, dont le regard lucide et l’expérience de la vie vont guider Élise et lui faire prendre conscience que son destin n’appartient qu’à elle, et à elle seule.

À travers ses protagonistes hauts en couleur, Cédric Klapisch réussit, une fois de plus, à se jouer ainsi des clichés sur les relations humaines et le male gaze, à les frôler et à les détourner, pour nous émouvoir et nous impressionner encore et toujours. Un père pudique (Denis Podalydès) qui dit « je t’aime » à sa fille pour la première fois en 26 ans ou un amoureux éconduit (François Civil) deviennent, par exemple, des scènes subtiles et vibrantes, bien loin des platitudes les plus attendues.

Finalement, En corps évoque avec harmonie la résilience, qu’elle soit physique ou mentale, et résonne plus que jamais avec notre époque où les conflits et les décalages, particulièrement entre les générations et entre les sexes, sont flagrants. Le dernier long métrage de Cédric Klapisch est, de fait, une jolie surprise qui, après deux ans de pandémie, nous montre que chaque obstacle est surmontable et qu’on peut souvent y puiser quelque chose de positif.

En corps

★★★★

Comédie dramatique de Cédric Klapisch. Avec Marion Barbeau, Hofesh Shechter, Souheila Yacoub, Pio Marmaï et Denis Podalydès. France–Belgique, 2022, 120 minutes. En salle.

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