Décès de Jesus Rafael Soto, cinétiste au doigté de guitariste

L'artiste plasticien Jesus Rafael Soto, l'une des figures principales de l'art cinétique, est mort au début de la semaine dernière, à Paris, où il a été enterré, mercredi 19 janvier. Un membre de sa famille, vivant à Caracas, a confirmé cette nouvelle auprès de l'AFP. L'artiste était âgé de 81 ans.

Vénézuélien de Paris, Jesus Rafael Soto est né à Ciudad Bolivar, sur les bords de l'Orénoque, en 1923, dans une famille pauvre, douée pour la musique. Jesus Rafael, l'aîné de cinq enfants, avait appris la guitare très jeune. Il dessinait aussi. Pour gagner sa vie et contribuer à nourrir la maisonnée, il était devenu peintre d'affiches de cinéma.

Très doué, il obtenait, à 19 ans, une bourse pour étudier les beaux-arts à Caracas. C'est là qu'il devait faire la connaissance de peintres comme Carlos Cruz-Diez et Alejandro Otero. Ce dernier l'incitera à partir pour Paris. En 1950, Soto débarquera dans la capitale française pour s'y installer définitivement. Là, il fréquente la colonie latino-américaine, mais aussi des artistes liés à l'abstraction construite.

Pour gagner sa vie, il joue de la guitare, professionnellement, avec Paco Ibanez et la chanteuse Carmen Requeta. Cette sensibilité musicale et sa pratique de l'instrument à cordes ont de toute évidence infléchi la définition qu'il a donnée de son oeuvre plastique. Il a pensé celle-ci en termes de partitions dans un univers qu'il voulait libérer de la matérialité. En cela, il rejoignait son ami Yves Klein.

Pures Vibrations

C'est par cette rêverie cosmique que Soto s'est singularisé au sein du mouvement de l'art cinétique. Avec lui, la quête d'un langage universel qu'il partageait avec d'autres artistes de sa génération, issus notamment des cultures urbaines latino-américaines, devait déboucher sur un monde de pures vibrations, plutôt que tournée vers l'exaltation du progrès technique.

Soto a beaucoup utilisé les matériaux modernes comme le plexiglas, les boulons et les fils de nylon, pour leur transparence. Il n'a employé ni moteurs, ni lumières électriques, ni aimants, mais joué avec l'air et la lumière ambiants, le souffle et la présence des spectateurs qu'il invitait à entrer dans ses pluies de fils de couleur, ces Pénétrables qui l'ont rendu célèbre — le premier date de 1967.

Dès 1955, Soto est invité à participer à l'exposition Le Mouvement, chez Denise René, avec Agam, Bury, Calder, Duchamp, Jacobsen, Tinguely et Vasarely. La galeriste l'expose individuellement l'année suivante. Il s'intéressait à Mondrian et à Duchamp, à Malevitch et à Moholy-Nagy. Et il avait autant d'amis parmi les Nouveaux Réalistes que dans les rangs des abstraits géométriques.

Reconnu à Paris, Soto l'était également en Europe, et notamment en Allemagne, où, autour de 1960, il exposait avec le groupe Zéro.