Le cinéaste iranien Jafar Panahi arrêté à Téhéran

Artiste dissident, M. Panahi avait été arrêté en 2010 puis condamné à six ans de prison et à 20 ans d’interdiction de réaliser des films, de voyager et de s’exprimer dans les médias.
Photo: Atta Kenare Agence France-Presse Artiste dissident, M. Panahi avait été arrêté en 2010 puis condamné à six ans de prison et à 20 ans d’interdiction de réaliser des films, de voyager et de s’exprimer dans les médias.

Le cinéaste et opposant politique Jafar Panahi a été interpellé lundi à Téhéran, selon l’agence de presse iranienne Mehr. Les autorités avaient déjà arrêté vendredi deux autres réalisateurs, Mohammad Rasoulof et Mostafa Aleahmad, accusés de « troubles à l’ordre public ».

Âgé de 62 ans, M. Panahi est l’un des cinéastes iraniens les plus primés. Il a notamment obtenu le prix du scénario à Cannes en 2018 avec Trois visages, trois ans après son Ours d’or à Berlin pour Taxi Téhéran.

« Jafar Panahi a été arrêté [lundi] à son arrivée au parquet de Téhéran pour suivre le dossier d’un autre réalisateur, Mohammad Rasoulof », toujours selon l’agence Mehr. « Il n’y a toujours pas d’information sur la raison de l’arrestation de Panahi, son lien avec le dossier de Rasoulof ou avec d’autres personnes arrêtées la semaine dernière », ajoute-t-elle.

Artiste dissident, M. Panahi avait été arrêté en 2010 puis condamné à six ans de prison et à 20 ans d’interdiction de réaliser des films, de voyager et de s’exprimer dans les médias. Il continuait cependant à travailler et à vivre en Iran. Il avait été accusé de « propagande contre le régime » après avoir soutenu le mouvement de protestation contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

Répression

 

L’arrestation de Jafar Panahi lundi marque le troisième coup de filet contre des cinéastes iraniens en quelques jours.

Mohammad Rasoulof et Mostafa Aleahmad, arrêtés vendredi, sont accusés d’avoir encouragé des manifestations après l’effondrement meurtrier d’un immeuble dans le sud-ouest du pays, en mai, selon l’agence de presse officielle IRNA. Après le drame, un groupe d’artistes mené par M. Rasoulof avait publié une lettre ouverte appelant les forces de sécurité « à déposer les armes » face à la colère contre « la corruption » et « l’incompétence » des responsables.

MM. Panahi et Rasoulof avaient aussi récemment dénoncé l’arrestation de plusieurs de leurs collègues en Iran. La répression et la censure constituent « une violation de la liberté d’expression » et « réduisent à la portion congrue la sécurité des réalisateurs », affirmaient-ils dans une lettre ouverte publiée en mai.

Des appuis à Cannes et Berlin

Mohammad Rasoulof, 50 ans, a remporté l’Ours d’or à Berlin en 2020 pour son film Le diable n’existe pas, mais n’avait pas pu se rendre en Allemagne. Son passeport avait été confisqué après son précédent long métrage en 2017, Un homme intègre, présenté à Cannes, où il avait remporté le prix de la catégorie Un certain regard.

Le Festival de Cannes a apporté son soutien aux trois cinéastes iraniens lundi. Sa direction « condamne fermement ces arrestations ainsi que la vague de répression visiblement en cours en Iran contre ses artistes, et demande la libération immédiate de Mohammad Rasoulof, Mostafa Aleahmad et Jafar Panahi », a écrit le festival dans un communiqué.

Le Festival international du film de Berlin avait déjà protesté la semaine dernière contre son interpellation et celle de Mostafa Aleahmad. Et dans un communiqué diffusé lundi, l’organisation a répété sa « consternation et [son] indignation ». « L’arrestation de Jafar Panahi est une nouvelle violation de la liberté d’expression et de la liberté des arts », ont clamé les directeurs de la Berlinale, Mariette Rissenbeek et Carlo Chatrian, réclamant la « libération immédiate des cinéastes détenus ».

De nombreuses figures du mouvement réformateur iranien ont été arrêtées ces derniers jours, dont le politicien Mostafa Tajzadeh, interpellé vendredi sous l’accusation d’« activités contre la sécurité de l’État ».

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