«La brigade», ratage aux petits oignons

Louis-Julien Petit, toujours coscénariste de ses films, a un goût prononcé pour les questions d’intégration.
Photo: AZ Films Louis-Julien Petit, toujours coscénariste de ses films, a un goût prononcé pour les questions d’intégration.

Cathy est une forte tête. Cuisinière de talent qui ne mâche pas ses mots et n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat, elle se sent frustrée sous les ordres de sa cheffe à l’ego surdimensionné. Au point qu’elle plaque tout et démissionne de la brigade de ce grand restaurant. Mais sans nouvelle place, ni un sou en poche, elle se retrouve contrainte d’accepter un poste obscur dans un « établissement de charme ».

Doux euphémisme du directeur pour réussir à recruter une cantinière pour son foyer de jeunes migrants isolés. Ainsi, Cathy se retrouve à préparer des raviolis trois étoiles à des jeunes qui n’ont aucune idée de ce qu’est la haute gastronomie. Et par la force des choses, elle se met en tête de leur apprendre l’art culinaire.

Le monument du cinéma Henri-Georges Clouzot disait que pour faire un bon film, il faut « premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire, troisièmement une bonne histoire ». Malgré le sujet prometteur qu’aborde La brigade, Louis-Julien Petit nous prouve le contraire. La nouvelle comédie sociale du réalisateur français dégouline de bons sentiments et parvient plus à faire sourire qu’à faire rire. Osons le gros jeu de mots : la mayonnaise ne prend pas vraiment.

Clichés et superficialité

 

La recette du personnage excentrique qui débarque dans un environnement à mille lieues de ses préoccupations habituelles, on en a soupé. Mais, au même titre qu’un bon plat de pâtes, on ne s’en lasse pas. À plus forte raison si, comme pour La brigade, le scénario est tiré d’une histoire vraie.

Le sujet des migrants mineurs non accompagnés, ça, c’est une saveur originale. Louis-Julien Petit, toujours coscénariste de ses films, a un goût prononcé pour les questions d’intégration. Il nous l’avait déjà montré de belle manière sur son précédent long métrage, Les invisibles, qui prenait place dans un foyer pour femmes itinérantes. Sensible, drôle et dense, ce film nous présentait des chemins de vie tragiques avec beaucoup de dextérité. Cette fois, c’est raté, et aussi prévisible que décousu. Dans La brigade, le réalisateur et son équipe de scénaristes nous servent une vision simpliste et manichéenne du problème des migrants mineurs, à grande louche de clichés sauce navrante.

Quant à la représentation qui est faite des migrants, on ne reste qu’à la surface des choses. C’est tout juste si leur histoire personnelle est abordée, alors qu’elle devrait être le levier de toute l’histoire. Le parcours que tous ces jeunes accomplissent pour parvenir jusqu’en France en fuyant la misère — ou pire — est pourtant une odyssée bouleversante, qui mérite d’être entendue. Le réalisateur préfère opter pour beaucoup d’images contemplatives et de lieux communs au détriment des récits. L’imagination du spectateur a ses limites, et celle-ci ne suffira pas à combler le manque.

Et pour finir de nous faire grimacer, les principaux rebondissements arrivent comme un cheveu sur la soupe et manquent de crédibilité. Comme lorsqu’un des jeunes se rebelle contre Cathy, car il n’accepte de recevoir d’ordres de personne, encore moins d’une femme, puis tire un trait sur toute une vie d’éducation machiste à la minute où la cuisinière lui pose une question sur le soccer.

Heureusement, les acteurs ramènent une touche de piquant. Audrey Lamy, que Petit avait déjà dirigée dans Les invisibles, s’en sort encore une fois plutôt bien côté interprétation. La réalisation fait la part belle à son jeu, quitte à se reposer parfois un peu trop sur ses talents comiques pour dynamiser les scènes. En revanche, l’actrice nous laisse un peu sur notre faim côté cuisine.

Si Audrey Lamy s’est immergée pendant plusieurs mois dans des brigades de grands restaurants pour préparer le rôle de Cathy, on ne voit que peu à l’écran les gestes qu’elle a pu y apprendre, et ceux que l’on voit ne sont qu’à moitié crédibles. Mais qu’importe. Dans La brigade, ce n’est pas la cuisine qui est au centre de l’assiette. Le problème, c’est que ce qui y est manque de saveur.

La brigade

★★

Comédie de Louis-Julien Petit.Avec Audrey Lamy, François Cluzetet Chantal Neuwirth. France, 2022,97 minutes. En salle.

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