À l'ombre de «Spiderhead»

Très librement inspiré d’une nouvelle de George Saunders intitulée «Escape from Spiderhead», le film de Joseph Kosinski est d’une insignifiance crasse.
Photo: Netflix Très librement inspiré d’une nouvelle de George Saunders intitulée «Escape from Spiderhead», le film de Joseph Kosinski est d’une insignifiance crasse.

Le futur proche, sur une île paradisiaque. Se dressant hors de la végétation dense, un bâtiment de béton, la seule construction visible, s’avance dans la mer. Il s’agit d’un centre de détention hors norme, Spiderhead (V.F.), d’où le titre de cette grosse production Netflix. En échange de leur participation à des essais cliniques dirigés par un certain Abnesti, une poignée de détenus s’y voient offrir des conditions d’incarcération tenant presque de la colonie de vacances. Condamné pour un crime qui le hante, Jeff est l’un de ces cobayes. Petit à petit, il commence à remettre en question tant les méthodes que les desseins d’Abnesti. Desseins que les cinéphiles, contrairement au protagoniste, voient venir de très loin.

Très librement inspiré d’une nouvelle de George Saunders intitulée « Escape from Spiderhead » (publiée dans le New Yorker puis dans le recueil encensé Tenth of December), le film de Joseph Kosinski, réalisateur de Tron 2 et d’Oblivion, qui vient de triompher avec Top Gun: Maverick, est d’une insignifiance crasse. La source était dénuée d’un héros attachant. Hollywood oblige, le protagoniste, Jeff, est ici foncièrement un bon gars et son crime n’est qu’un tragique accident.

De la même manière, l’antagoniste, Abnesti, est une crapule finie dénuée de la moindre humanité. Difficile de faire plus manichéen et, par conséquent, difficile de prendre quoi que ce soit au sérieux dans la proposition, qui d’ailleurs peine à se définir.

Écrit par le tandem de scénaristes responsable des pourtant réjouissants Zombieland et Deadpool, Spiderhead hésite constamment entre la satire (la nouvelle en est une, très noire), le suspense carcéral, la science-fiction à message et la quasi-comédie d’action outrancière, sans que le mélange prenne.

D’ailleurs, le même problème de tonalité est observable dans l’interprétation. Ainsi a-t-on, d’un côté, un Chris Hemsworth (Thor) qui force tellement la note comique qu’il en oublie d’insuffler les pourtant nécessaires accents sinistres à son personnage de chercheur-geôlier manipulateur, et, de l’autre, un Miles Teller qui se cantonne fermement dans un registre dramatique presque effacé.

Aucun suspense

 

Comme on le laissait entendre, l’intrigue se révèle en outre hyperprévisible. Par exemple, le changement d’allégeance ultime d’un personnage-clé, indispensable à cette fin heureuse qui ne fait jamais aucun doute, est quasiment annoncé dès les premières scènes. Cette certitude concernant le dénouement est en l’occurrence un autre corollaire négatif de l’approche manichéenne privilégiée.

Dès lors, le film se prive lui-même de toute forme de suspense. Quoique, côté tension, Kosinski n’y arrive tout simplement pas : chaque fois qu’un tel moment se dessine, un trait d’humour mal avisé ou une touche de pathos appuyée vient dissiper l’angoisse naissante.

Vraiment, tout cela est juste très, très décevant. Heureusement, contrairement à Jeff, on peut aisément s’échapper de Spiderhead : il n’y a qu’à appuyer sur « stop ».

Spiderhead (V.O. et V.F.)

★ 1/2

Science-fiction de Joseph Kosinski. Avec Miles Teller, Chris Hemsworth, Jurnee Smollett. États-Unis, 2022, 107 minutes. Sur Netflix.

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