«Lightyear»: Xavier Dolan sur un Buzz

Le réalisateur Xavier Dolan avant la projection du film «Frère et soeur», lors de la 75e édition du Festival de Cannes
Photo: Patricia de Melo Moreira Agence France-Presse Le réalisateur Xavier Dolan avant la projection du film «Frère et soeur», lors de la 75e édition du Festival de Cannes

Depuis plus d’une douzaine d’années, le nom de Xavier Dolan est, pour la plupart des cinéphiles, synonyme de scénariste et de réalisateur brillant. Les titres J’ai tué ma mère, Tom à la ferme et Mommy, entre autres, défilent. Or, avant cette carrière précoce de cinéaste, il y avait déjà celle d’acteur, mais aussi celle de doubleur : une profession que le principal intéressé n’a jamais délaissée. Ces jours-ci, il incarne dans la version française de Lightyear le bien-aimé astronaute Buzz Lightyear, vu dans les films Toy Story (Histoire de jouets) : un beau contrat, comme en convient Xavier Dolan.

« J’ai découvert les deux premiers Toy Story enfant, au cinéma, avec mes parents et des amis ; à six ans puis à dix ans. Le troisième, j’étais adulte, mais ce sont des films que j’ai découverts avec énormément d’enthousiasme et d’émerveillement. J’ai aimé voir évoluer les personnages, mais aussi l’art de Pixar. Interpréter un personnage issu de cet univers, c’est un rêve immense. »

Ce qu’il y a de particulier avec Lightyear, c’est qu’on a affaire à une version différente du personnage ainsi qu’à un contexte narratif distinct. De telle sorte qu’en anglais, après que Tim Allen eut prêté sa voix à Buzz, c’est Chris Evans qui a pris le relais. Chez nous, Xavier Dolan succède à Mario Desmarais et Daniel Picard.

Pour mémoire, Xavier Dolan a entre autres doublé Rupert Grint, alias Ron Weasley, dans les adaptations des Harry Potter, et Taylor Lautner dans la série Twilight. Il est également, au Québec, la voix officielle de Timothée Chalamet (Call Me By Your Name, Dune).

Film d’animation ou pas, Xavier Dolan devait respecter l’interprétation vocale créée par Chris Evans.

« Je connais bien son travail. J’ai vu tous les films du MCU [Univers cinématographique Marvel] et son Capitaine America est emblématique. Dans Lightyear, il explore un registre plus comique, plus gaffeur. C’était agréable à tenter d’imiter ; un amalgame stimulant de belles nuances. En doublage, les licences créatives sont limitées. On entend quelqu’un dire quelque chose en anglais et notre mandat est de le refaire en français au mieux de notre capacité, dans nos nuances culturelles, sans s’approprier quoi que ce soit d’autre que l’humanité et le ton du personnage. Ce n’est pas à nous de décider de l’histoire. Le métier de doubleur se fait dans l’ombre, mais aussi dans l’humilité. »

« Magnifique laboratoire »

Justement, Xavier Dolan est un cinéaste admiré et primé, qui a plein de projets (il est en pleine postproduction de la minisérie La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, d’après la pièce de Michel Marc Bouchard). Il continue de tourner en tant qu’acteur pour d’autres cinéastes, comme dans It: Chapter 2 (Ça : chapitre 2) ou Boy Erased (Garçon effacé)… Ce sont des métiers, contrairement à celui de doubleur, de lumière. Mais, visiblement, Xavier Dolan y trouve son compte.

« Ça m’apporte énormément. Ça me nourrit et me permet de grandir comme artiste. J’adore observer. Quand je double un acteur, je le regarde jouer, j’absorbe… C’est une vitrine exceptionnelle sur le travail de toutes sortes d’interprètes : pas juste celui que je double, mais ceux tout autour, sans parler des artisans des films dont je vois le travail. Ça me permet de décortiquer les films ; c’est un magnifique laboratoire. »

Évidemment, on ne saurait passer sous silence un élément de Lightyear qui a fait beaucoup jaser. On se souviendra qu’au mois de mars, des employés de Disney avaient dénoncé le retrait d’un baiser entre deux personnages de même sexe dans le film. Disney a fait son mea culpa et a non seulement réintégré ce passage, mais a au surplus été très critique de la politique « Don’t Say Gay » promulguée en Floride, son chef-lieu. Est-ce que c’est le genre d’engagement qui plaît à Xavier Dolan, cinéaste phare de la communauté LGBTQ+ ?

« Absolument ! De façon exponentielle ! En découvrant ce baiser entre la meilleure amie de Buzz et sa conjointe, j’ai été très ému. On n’en est pas encore à suivre les aventures d’un héros Disney homosexuel, mais pour moi, avec ce baiser, un mur s’est effondré. J’ai revu en accéléré tous les moments de mon enfance où je me suis cherché en vain à l’écran, en tant que jeune garçon gai. Je crois que, pour les enfants d’aujourd’hui, de voir ce baiser, ça permet d’intégrer une notion de normalité ; c’est une normalisation de quelque chose qui ne l’est pas encore partout, loin de là. Le moment du baiser n’est pas présenté le poing en l’air, comme une revendication : c’est fait avec tendresse, comme l’amour entre personnes de même sexe devrait être montré aux jeunes enfants. Bref, ça ne fait qu’accroître ma fierté d’être associé au film. »

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