Vers l’infini, mais pas si loin

À la fois film dérivé et antépisode de «Toy Story», «Lightyear» conte les aventures spatiales du bien-aimé personnage.
Photo: Walt Disney Pixar Studios À la fois film dérivé et antépisode de «Toy Story», «Lightyear» conte les aventures spatiales du bien-aimé personnage.

Entre 1995 et 2019, les films de la saga Toy Story (Histoire de jouets) furent parmi les plus célébrés des studios Disney-Pixar, rapportant au passage la coquette somme de 3 milliards de dollars américains et des poussières. C’est dire que, malgré l’annonce que le quatrième volet serait le dernier, il n’était pas question pour Disney d’abandonner une aussi lucrative propriété intellectuelle. Voici donc Lightyear (V.F.), qui met en vedette non pas le Buzz Lightyear vu dans les films précédents, mais bien le « modèle original ».

Qu’entend-on par là ? Dès le début de Lightyear, un intertitre rappelle qu’en 1995, un gamin prénommé Andy reçut en cadeau une figurine Buzz Lightyear inspirée par le personnage d’un film. « Il s’agit de ce film », annonce-t-on au sujet de ce qui sera à la fois une production dérivée ET un antépisode. Ingénieux.

La suite ne perd pas de temps à camper l’action. Et action il y a, trépidante, mais constante : manifestement, quelqu’un, quelque part, craignait un déficit d’attention collectif de la part du jeune public, d’où ce bombardement immédiat et quasi incessant. Il en résulte un film qui roule toujours à la vitesse maximale.

On suit ainsi Buzz (voix de Chris Evans en V.O. et de Xavier Dolan en V.F.), qui, après une fausse manœuvre de sa part, voit son équipage forcé de coloniser une planète lointaine. Afin de réparer son erreur, Buzz multipliera les vols d’essai à la vitesse de la lumière, revenant au sol au même âge, mais auprès de camarades ayant vieilli de plusieurs années. En dire davantage gâcherait le plaisir que procure le film.

Messages appuyés

 

Car, oui, Lightyear s’avère divertissant malgré ses défauts (comme cette tendance à appuyer très fort ses messages). Le traitement réservé à Alisha, meilleure amie de Buzz et rare personnage ouvertement gai dans une telle production, plaît énormément puisqu’on n’en fait pas de cas : elle est lesbienne, tout simplement. Pour mémoire, après l’avoir retiré, le studio a réinséré dans le film un baiser entre Alisha et sa conjointe après la sortie publique de ses employés sur fond de projet de loi « Don’t Say Gay » en Floride, fief de Disney.

Sans doute, cela dit, le nouveau personnage le plus mémorable, et qui se vendra le mieux en produits dérivés, est-il ce craquant chat-robot. Lequel permet au film maintes entourloupettes scénaristiques de type deus ex machina.

 

À cet égard, le scénario s’avère moins original que la moyenne des productions Pixar. En science-fiction, Wall-E, sur lequel le réalisateur Angus MacLane a pourtant collaboré, pourrait donner une ou deux leçons à Lightyear. Çà et là, on a pigé des éléments narratifs dans Star Wars, Star Trek, et même dans Up (Là-haut), dont le génial prologue a de toute évidence inspiré la courbe accélérée d’un des personnages-clés.

Le film compte une poignée de clins d’œil amusants destinés aux adultes, y compris à Aliens… Visuellement, Lightyear est impressionnant. C’est, d’un point de vue technique, une production très accomplie : une constante chez Pixar. Ah, et oui, la porte demeure toute grande ouverte pour une suite, ou plus vraisemblablement des suites.

Lightyear (V.O. et V.F.)

★★★

Animation de Angus MacLane. États-Unis, 2022, 105 minutes. En salle.

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