«Tendre et saignant»: un os dans le fromage

   Géraldine Pailhas offre une prestation crédible et discrètement savoureuse dans le rôle principal. Sa Charly possède une réelle profondeur, des contradictions révélatrices…
TVA Films Géraldine Pailhas offre une prestation crédible et discrètement savoureuse dans le rôle principal. Sa Charly possède une réelle profondeur, des contradictions révélatrices…

Charly Fleury a, pour reprendre son expression, « fait de belles études ». Directrice d’un important magazine de mode, elle n’a plus guère de contact avec son père veuf, un boucher qui continue de rêver que sa fille reprendra un jour l’entreprise familiale. Ce qui survient, au grand dam de Charly, après qu’on l’eut mise à pied. Histoire de pimenter la sauce, Martial, le protégé du paternel, s’est entiché de Charly, et vice versa. Or, pour ces deux-là, rien n’est simple. De fait, la comédie romantique Tendre et saignant multiplie les complications pour ces amoureux contrariés. Hélas, le scénario n’est pas très au point, voire « à point », pour demeurer dans un champ lexical de circonstances.

Géraldine Pailhas (IP5 : l’île auxpachydermes, Tout s’est bien passé) offre une prestation crédible et discrètement savoureuse dans le rôle principal. Sa Charly possède une réelle profondeur, des contradictions révélatrices… Dommage que le récit imaginé par son conjoint, le réalisateur et coscénariste Christopher Thompson (Fauteuils d’orchestre), la laisse en rade à chaque tournant.

En effet, le film a la curieuse manie de mettre en place des situations et des conflits prometteurs, comme la relation entre Charly et son père, ou l’amusant quiproquo par lequel la première et Martial (Arnaud Ducret) se rencontrent initialement, pour rapidement s’en priver en allant dans une autre direction, systématiquement moins intéressante.

Moyens aidant, le tout est plutôt joliment présenté, mais la vitrine ne fait pas le produit.

 

Pamphlet et caricature

Consacré à la réussite professionnelle inouïe de la boucherie Fleury « nouvelle mouture », le mitan s’apparente parfois à un plaidoyer carnivore, avec ode aux petits producteurs et au commerce éthique (à l’inverse, le volet consacré à l’industrie de la mode est traité sous l’angle de la caricature facile). C’est de bonne guerre, mais, dès lors, le narratif cède au pamphlétaire, et l’intrigue, qui déjà peinait à captiver, perd ses dernières plumes.

Le troisième acte, le plus faible, consiste en une ultime, et lassante, succession de difficultés sentimentales visant à garder séparer les protagonistes jusqu’à l’inévitable dénouement. Cela inclut la transformation soudaine et peu crédible de Martial en salaud vindicatif, mais apparemment toujours irrésistible le temps des retrouvailles finales venu. Non seulement on n’y croit plus, mais à ce stade, on a juste hâte que ça se termine.

Tendre et saignant

★★

Comédie romantique de Christopher Thompson. Avec Géraldine Pailhas, Arnaud Ducret, Alison Wheeler, Jean-François Stévenin. France, 2020, 91 minutes. En salle.

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