«Pas d’chicane dans ma cabane»: fenêtre sur le divorce

Justine, jouée avec aplomb par Charlotte St-Martin, emprunte un chemin différent en voulant mettre fin de façon radicale à cet apparent conflit entre ses parents.
Justine, jouée avec aplomb par Charlotte St-Martin, emprunte un chemin différent en voulant mettre fin de façon radicale à cet apparent conflit entre ses parents.

Justine n’en peut plus d’entendre ses parents, tous deux avocats, se chamailler autour de mille et un détails du quotidien. Comme la situation ne semble pas vouloir se résoudre, elle se rend candidement, mais décidée, à la Chambre de la jeunesse pour demander le divorce du couple. Un geste qui reste, bien sûr, sans suite. Elle se servira alors du spectacle de fin d’année pour monter un Tribunal de la jeunesse dans lequel son père et sa mère, inconscients du sort qui les attend, tiendront le rôle des accusés.

Premier long métrage pour la réalisatrice, scénariste et comédienne Sandrine Brodeur-Desrosiers, Pas d’chicane dans ma cabane offre une perspective intéressante sur le divorce. Contrairement à cette tendance souvent lue, entendue ou vue qui invite les personnages enfants à recoller les pots cassés, Justine, jouée avec aplomb par Charlotte St-Martin, emprunte un chemin différent en voulant mettre fin de façon radicale à cet apparent conflit entre ses parents. Sous cet angle singulier, Brodeur-Desrosiers et Maryse Latendresse — qui coscénarise ici — s’assuraient déjà une amorce accrocheuse. Racontée depuis les enfants, leur microcosme, leur vision du monde, avec toute la naïveté que cela comporte, l’histoire est livrée avec authenticité sans qu’aucune morale vienne obstruer l’essence.

La parole est ainsi entièrement donnée à l’héroïne et à sa bande, réunies autour d’un intérêt commun, soit le besoin de prendre part, d’agir, d’aller au-devant des coups. Mais aussi beaucoup celui de mettre fin à une situation qu’ils n’ont pas choisie. Ce que soulignera d’ailleurs Justine devant la dame à l’accueil du palais de justice (Pierrette Robitaille), éberluée devant tant de conviction et de lucidité.

La réussite du film tient d’abord à cet angle, mais aussi au groupe de jeunes comédiens, qui jouent avec un naturel enviable. Charlotte St-Martin — Justine, dont le prénom est à une lettre du mot « justice » — est entourée du charismatique Louka Amadeo Bélanger-Leos, qui crève l’écran dans le rôle de Guillaume, le bum au cœur tendre, de Liam Patenaude, un Théo doux qui ferait tout pour Justine, de Charlie Fortier en Claudia, fidèle amie de l’héroïne, et de Simone Laperle, qui incarne Ernestine, une enfant timide, rejetée, qui se dévoile tout au long du récit. Dans le rôle des parents, Isabelle Blais (Julie) et Pierre-Luc Brillant (Martin), un couple dans la vie comme à l’écran, assurent une présence solide et dévoilent les failles de leur relation avec délicatesse et vraisemblance.

Lumière sur l’enfance

L’authenticité qui émane des comédiens est appuyée par des jeux de caméra oscillant entre de nombreux plans rapprochés et différentes prises de vues qui assurent un accès privilégié à l’émotion des personnages. La peine, la peur, l’amour passent à travers ces mouvements. En tête, cette vue en plongée sur Ernestine, au moment où les enfants lui demandent de participer au spectacle de fin d’année, ou encore le gros plan sur les visages de Guillaume et de Justine, prisonniers sous le lit de Martin et Julie. La proximité ne ment pas. Les lieux mis en scène témoignent par ailleurs de l’univers des jeunes : que ce soit l’école, la chambre de Justine, la rue dans laquelle ils se déplacent sur des planches à roulettes, tout participe d’une volonté de voir le monde depuis leur lorgnette.

Quelques éléments symboliques ajoutent par ailleurs à la beauté de l’ensemble. La couleur jaune auréole la lumineuse Justine. Depuis les murs de sa chambre jusqu’au vernis sur ses ongles, en passant par son sac d’école, son chandail sur lequel on peut lire el sol ou encore l’autocollant en forme de cœur visible sur le banc de l’autobus scolaire, où se dévoile une histoire d’amour, le jaune est partout autour d’elle. Symbole de lumière, cette couleur épouse la personnalité flamboyante de l’héroïne.

La fenêtre, élément important du film, joue aussi un rôle clé dans l’accès à l’intimité des scènes. Souvent utilisée pour sortir ou entrer dans les différents espaces, elle revient à la toute fin, alors qu’un mouvement de caméra se déplace d’une maison à l’autre en laissant voir, depuis l’extérieur, les enfants communiquer avec leurs parents. Dans la lignée de Mademoiselle C et des Contes pour tous, Pas d’chicane dans ma cabane est une ode au pouvoir de l’enfance, à sa candeur et à l’espoir de mieux vivre ensemble.

Pas d’chicane dans ma cabane

★★★★

Comédie de Sandrine Brodeur-Desrosiers. Avec Charlotte St-Martin, Louka Amadeo Bélanger-Leos, Liam Patenaude, Charlie Fortier, Simone Laperle. Québec, 2022, 87 minutes. En salle.

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