Un film qui sème la confusion

Le film Hôtel Rwanda de Terry George, qui prend l'affiche aujourd'hui, risque de semer la confusion dans certains esprits. Le personnage incarné par Nick Nolte, appelé «colonel Oliver» dans le film même s'il porte un insigne canadien et l'uniforme des Casques bleus de l'ONU, n'est pas vraiment le général québécois Roméo Dallaire qui a tenté sans succès de stopper le génocide de 1994.

Roméo Dallaire, à la tête de la mission d'observation des Nations unies durant le génocide rwandais, n'a pas vu le film et n'aurait pas nécessairement apprécié, peut-on supposer, que le héros de guerre soit incarné par Nick Nolte, connu pour ses excès de drogue et d'alcool. Le réalisateur Terry George se serait plutôt inspiré de plusieurs militaires en changeant le général en colonel.

Interviewé dans l'édition du Globe and Mail d'hier, le cinéaste patinait un peu en tentant d'expliquer pourquoi ce personnage est le seul à avoir changé de nom et de personnalité dans un film inspiré de faits réels. Selon Terry George, Nick Nolte aurait eu du mal à imiter les expressions du général Dallaire. Dans le film, le colonel Oliver, en apprenant que les Européens, plutôt que de décider d'aider les Rwandais avaient décidé de rapatrier leurs ressortissants, s'était fait servir un grand verre de scotch. Or, Dallaire n'a connu des problèmes d'alcool qu'après son retour au pays, non en pleine crise rwandaise.

Inspiré du livre de mémoires du général Dallaire, le documentaire Shake Hands with the Devil, donnant sa propre version des faits, sera projeté à la fin du mois sur l'écran de CBC, pour rappeler le dixième anniversaire du génocide. Un autre film sur le massacre rwandais, adapté du livre du Montréalais Gil Courtemanche Un dimanche à la piscine à Kigali, réalisé par Robert Favreau, devrait sortir au cinéma l'an prochain.

Certains observateurs estiment qu'Hôtel Rwanda, destiné aux 13 ans et plus, est demeuré en deçà de l'horreur vécue là-bas. Sinon, il aurait été classé R, à cause du trop grand nombre d'images violentes. Il est vrai que le film de Terry George ne montre aucun membre coupé par les machettes, alors que bras et jambes jonchaient alors la terre du génocide.

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