«Hustle»: un «All-Star» pour Adam Sandler

Ce conte de fées sportif ne révolutionne pas la formule, mais donne à voir une excellente performance d’acteur.
Photo: Scott Yamano Netflix Ce conte de fées sportif ne révolutionne pas la formule, mais donne à voir une excellente performance d’acteur.

Stanley est dans un creux de vague professionnel. Recruteur au sein de la NBA jadis très respecté, il a vu son étoile pâlir, n’ayant pas découvert de nouveau talent depuis un moment. La prise en charge de l’équipe qui l’emploie par un arrogant héritier n’aide pas sa cause. Ainsi va-t-il de ville en ville, de pays en pays, usé, amorphe, gavé qu’il est de malbouffe dans des suites de luxe. Mais voici qu’en Espagne, l’espoir renaît à la vue d’un jeune homme au talent manifeste, quoique brut. À la fois histoire d’un retour à la vie et récit d’un improbable champion, Hustle (Le haut du panier) met en vedette un Adam Sandler inspiré.

L’acteur est bien entouré, notamment par Queen Latifah, qui tire admirablement son épingle du jeu dans le rôle quelque peu sous-écrit de la conjointe de Stanley. Sandler et elle partagent une réelle chimie. Essentiel à la crédibilité du film, Juancho Hernangómez (du Jazz de l’Utah) s’avère de son côté très à l’aise dans le rôle de Bo, la recrue sur qui Stanley est prêt à jouer son va-tout.

Coproduit par la star des stars du basket, LeBron James, Hustle bénéficie à cet égard de la présence d’une kyrielle de joueurs et de personnalités de la NBA. Ce surcroît d’authenticité est le bienvenu, le film sifflant un air connu. Stanley triomphera-t-il de l’adversité ? Son protégé réussira-t-il à affiner son talent (insérez les montages d’entraînement à la Rocky) à temps ? Surtout, Bo parviendra-t-il à contrôler son tempérament bouillant suffisamment pour faire exploser cet incroyable potentiel que Stanley a décelé en lui ?

Quiconque a vu ne serait-ce que deux ou trois drames sportifs connaît d’ores et déjà les réponses à ces questions.

Travail de nuances

 

Il n’empêche, le tout est rondement mené, sans temps mort ni aparté. Souvent, le drame se colore d’humour, juste ce qu’il faut. Les auteurs, Will Fetters, coscénariste d’A Star Is Born (Une étoile est née), et Taylor Materne, coscénariste du jeu vidéo NBA 2K20, sont manifestement conscients des forces et des faiblesses inhérentes à la formule choisie, aussi vont-ils à l’essentiel en misant sur une écriture économique et des procédés éprouvés (comme ces « douloureux-secrets-du-passé » que traînent Stanley et Bo en guise de profondeur psychologique, ou encore ces antagonistes bien haïssables).

Pas spécialement imaginative (hormis un chouette enchaînement, au début, illustrant la nature répétitive des voyages de Stanley), mais pleine d’énergie, la réalisation de Jeremiah Zagar est au diapason. On se laisse porter par l’action au lieu de réfléchir à celle-ci : c’est le but.

Après avoir épaté dans l’excellent Uncut Gems (Diamant brut), puis être retourné dans sa zone de confort comique avec Hubie Halloween, Adam Sandler renoue avec la veine sérieuse de son registre. Certes, Stanley est un rôle moins « voyant » qu’Howard dans Uncut Gems, mais ce qu’offre Sandler ici relève d’un très, très beau travail de nuances. Une bonne partie de son jeu passe par son regard, qu’il a tour à tour las, résigné, puis soudain brillant à mesure que l’évidence d’une seconde chance prend forme.

En fait, si Hustle s’était davantage inspiré de l’approche privilégiée par sa vedette, peut-être le film aurait-il pu aspirer à l’excellence, rejoignant des contes de fées sportifs sur fond de rédemption tels The Natural (Le meilleur), Hoosiers (Le grand défi),Bull Durham (La belle et le vétéran) ou, oui, Rocky. En l’état, Hustle est une production honnête et divertissante. C’est déjà ça.

Le haut du panier (V.F. de Hustle)

★★★

Drame sportif de Jeremiah Zagar. Avec Adam Sandler, Juancho Hernangómez, Queen Latifah, Ben Foster, Jordan Hull, Robert Duvall. États-Unis, 2022, 117 minutes. Sur Netflix.

À voir en vidéo