Québec et Laval boudent le cinéma d’ici

Ailleurs au Québec, le pourcentage de films québécois projetés en salle en 2021 suit grosso modo celui des entrées.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ailleurs au Québec, le pourcentage de films québécois projetés en salle en 2021 suit grosso modo celui des entrées.

Le cinéma québécois a réussi à réduire ses pertes l’an dernier, malgré la pandémie et les confinements successifs, mais il affiche des résultats en deçà des attentes dans certaines régions. Et ce n’est pas faute d’être diffusé en salle. À Québec et en banlieue de Montréal en particulier, force est de constater que la demande est tout simplement inférieure à l’offre.

Ailleurs au Québec, le pourcentage de films québécois projetés en salle en 2021 suit grosso modo celui des entrées, à en croire les données de l’Observatoire de la culture et des communications. En Abitibi-Témiscamingue, le cinéma d’ici a même réussi à attirer 27 % de l’assistance l’an dernier, alors qu’il représentait moins de 25 % des séances dans les salles de la région.

« C’est normal que, dans les petites régions, les films québécois fassent mieux. S’il y a un cinéma avec quatre salles et que, dans l’une de ces salles, il y a un film québécois, c’est sûr que le pourcentage ne sera pas la même que dans un cinéma de Montréal où il y a 14 salles », explique Vincent Guzzo, propriétaire de la chaîne de cinémas du même nom.

Non seulement il y a davantage de concurrence dans les grosses villes, mais dans la grande région de Montréal se pose aussi l’enjeu de la langue ; en proportion, il y a moins de films québécois projetés, et donc moins d’entrées. Mais comment se fait-il que le taux de billets vendus soit inférieur à l’offre ?

Sur l’île de Montréal, par exemple, les longs métrages québécois occupaient 10 % des salles de cinéma en 2021, mais ils ne représentaient que 8,6 % des entrées. Dans les Laurentides, les productions québécoises comptaient pour 16,6 % des films projetés, mais seulement 13,4 % de l’assistance. À Laval, on parle d’un écart impressionnant de presque 6 points de pourcentage entre les projections et l’assistance : un record toutes régions confondues.

« À Laval, il y a un Guzzo et un Cineplex. Ce sont des salles où le genre de films que l’on fait au Québec fonctionne moins. Ça peut être une partie de la réponse », avance le producteur et distributeur Christian Larouche.

Mais ce qui impressionne encore plus le producteur, c’est la sous-performance du cinéma québécois dans la grande région de Québec.

Tant dans la Capitale-Nationale que dans Chaudière-Appalaches, la différence entre l’assistance et la projection dépasse les 3 points de pourcentage en 2021.

« Québec a toujours été un mystère, une énigme, pour le cinéma québécois. Ça fait des années que c’est plus difficile qu’ailleurs. Je ne me l’explique pas. Même quand on fait des premières à Québec, on le voit. Souvent, quand le film finit, il n’y a même pas de réactions, alors que, dans les autres villes, les gens applaudissent et viennent nous voir », s’étonne Christian Larouche, qui a récemment produit et distribué la comédie Au revoir le bonheur, de Ken Scott.

Le distributeur Louis Dussault décrit la même réalité pour Québec et sa périphérie. Il va même jusqu’à dresser un parallèle entre les chiffres décevants pour les films québécois et le succès des partis plus à droite dans la région.

« L’endroit où les films québécois fonctionnement le moins, c’est en Beauce. Là où ils fonctionnent le plus, c’est à Montréal dans les quartiers centraux. C’est fascinant. On peut savoir comment les gens votent juste en regardant nos chiffres d’audience », soutient le président de K-Films Amérique, distributeur entre autres de Noémie dit oui, qui est toujours à l’affiche dans certains cinémas.

Pas assez de visibilité

 

Pour Vincent Guzzo, « ce n’est pas une affaire de conservateur ou de pas conservateur ». Les difficultés du cinéma québécois sont ailleurs. Oui, certains films fonctionnent moins bien dans certains types de cinéma. Un film d’auteur québécois a sans contredit moins de chance de fonctionner dans son Méga-Plex Pont-Viau, à Laval, qu’un blockbuster américain. Et l’inverse est aussi vrai au Cinéma Beaubien, dans le quartier Rosemont, à Montréal.

Mais l’homme d’affaires évoque surtout un problème de visibilité pour le cinéma québécois. Dans les régions où il y a peu de concurrence, cela passe encore. Mais la grande région de Québec ou dans le 450, où il y a une abondance de films à l’affiche, monsieur et madame Tout-le-Monde s’y perdent et ratent les dernières sorties.

« Les propriétaires de salles sont prêts à passer des films québécois. Mais si vous voulez qu’on vous aide, aidez-nous à vous aider. Le problème, c’est que les producteurs québécois ont imité les Américains et ont réduit la mise en marché. Mais il y a encore des gens qui écoutent la télé et qui lisent le journal, qui regardent les panneaux sur le bord de la route », souligne le propriétaire des cinémas Guzzo.

Vincent Guzzo ne va pas toutefois jusqu’à répéter ses propos polémiques de 2012. À l’époque, il avait évoqué le trop grand nombre de films artistiques « lamentards » produits ici pour expliquer les difficultés du cinéma québécois au box-office. Dix ans plus tard, il considère plutôt que le cinéma québécois suit la bonne trajectoire avec davantage de films commerciaux, comme Le guide de la famille parfaite, le gros succès de l’été 2021.

« Les choses se sont améliorées dans les dernières années, note-t-il. On a recommencé à faire des films beaucoup plus diversifiés. Il n’y a plus de gêne à faire des films à grande portée. […] Il n’y a pas de raison de faire des films déprimants parce qu’on pense que c’est ce genre de films là qui fonctionnent à Cannes et dans les gros festivals. »

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