Cinéma: le Québec emboîte le pas à l'Ontario

Calquant les mesures annoncées la semaine dernière par l'Ontario dans le but de soutenir l'industrie cinématographique, le gouvernement québécois devrait dévoiler aujourd'hui une hausse similaire des crédits d'impôt pour faire en sorte que la province demeure séduisante aux yeux des productions étrangères, a appris Le Devoir de source proche du dossier.

Les crédits d'impôt passeraient de 11 % à un niveau oscillant entre 18 et 20 %, cette hausse représentant grosso modo une aide financière de plus de cinq millions. Quant aux productions locales, qui constituent au moins les deux tiers de ce qui, bon an, mal an, se fait au Québec, les crédits resteraient toutefois intacts, soit à 30 %, selon cette même source. L'annonce sera faite par le ministre des Finances, Yves Séguin.

Cette mesure, qui devrait entrer en vigueur immédiatement, viserait à éviter que des productions étrangères ne soient subitement attirées par les nouvelles mesures incitatives de l'Ontario, où le gouvernement compte déjà faire passer les crédits aux productions étrangères de 11 à 18 %. Du même souffle, Queen's Park ferait passer de 20 à 30 % le crédit aux productions canadiennes faites en Ontario.

L'annonce faite à Toronto avait semé l'inquiétude au sein de l'industrie québécoise, laquelle entendait s'adresser au ministre des Finances et à son homologue de la Culture, Line Beauchamp, afin de corriger rapidement la situation pour que le Québec demeure concurrentiel face à l'Ontario. Le milieu du cinéma en Colombie-Britannique, où le crédit est encore à 11 %, s'était également inquiété des répercussions.

Toujours selon cette source, certains des neuf projets d'origine étrangère qui songeaient à tourner au Québec auraient été tentés d'opter pour Toronto depuis la semaine dernière, cette hésitation ayant apparemment convaincu le gouvernement québécois d'annoncer des mesures plus rapidement que prévu afin de niveler le terrain de jeu.

L'annonce de Québec pourrait faire sourire les représentants de l'industrie québécoise, du moins en ce qui concerne les entreprises et artisans impliqués dans les productions étrangères, lesquelles sont sollicitées non seulement par d'autres provinces canadiennes ou des États américains mais aussi par de nouveaux acteurs comme l'Europe de l'Est et l'Australie.

L'industrie québécoise du cinéma affirme que sa masse salariale totalise 1,4 milliard de dollars et qu'elle représente l'équivalent de 35 000 emplois à temps plein. L'année 2004, cependant, aurait été moins fructueuse en raison de plusieurs facteurs, dont la montée en flèche du dollar canadien face à la devise américaine. Certaines estimations qui ont circulé lors du récent Forum métropolitain de l'industrie cinématographique (FMIC), le mois dernier, faisaient état d'une chute de 50 % des revenus des entreprises pour 2004. En Colombie-Britannique, où presque neuf productions sur dix proviennent de Los Angeles, les prévisions sont d'une baisse de 30 % des revenus.

Au moment de l'annonce à Toronto, le commissaire au Bureau du cinéma et de la télévision de Montréal, Daniel Bissonnette, craignait que les crédits d'impôt ontariens ne créent une situation où le Québec serait de moins en moins retenu comme candidat pour le tournage de projets étrangers. «Il faut demeurer compétitif avec les villes qui sont dans la même catégorie que Montréal, et, au Canada, ça se trouve à être Vancouver et Toronto», avait affirmé M. Bissonnette. «Dans un monde idéal, on souhaiterait être le plus près possible.» Ni M. Bissonnette ni le président du FMIC, François Macerola, entre autres, n'ont pu être joints hier.

L'industrie québécoise est actuellement à mettre sur pied un organisme de développement visant à coordonner les efforts de promotion et de financement du milieu du cinéma. Ce projet devrait voir le jour au début de l'année.

Rappelons que l'aide annoncée par le gouvernement ontarien totalisait 48 millions divisés en deux augmentations de crédits d'impôt: celui aux productions étrangères et celui aux productions canadiennes faites en Ontario, qui passerait de 20 à 30 % pendant cinq ans.