«Top Gun: Maverick», superproduction de haut vol

Tom Cruise en capitaine Maverick Mitchell
Photo: Paramount Pictures Tom Cruise en capitaine Maverick Mitchell

Il y a ceux pour qui Top Gun, du regretté Tony Scott, est un film culte. Il y a ceux à qui le long métrage qui a propulsé Tom Cruise au rang de vedette, il y a 36 ans, n’a pas laissé de souvenirs transcendants. Le revoir avant de découvrir sa suite longtemps repoussée à cause de la pandémie ne fait que confirmer sa mollesse côté intrigue, son sexisme côté femmes, ses clichés côté mâle et le mauvais jeu de tous côtés.

D’où le « oh non… » lâché dans les premières secondes de Top Gun: Maverick, de Joseph Kosinsky (Tron: Legacy, Oblivion). Parce que le long métrage commence, littéralement, comme son prédécesseur : sur des images de pilotes de chasse en action, sous le soleil et dans la chaleur, le tout accompagné de Danger Zone, de Kenny Loggins. Le film projeté en avant-première au Festival de Cannes se résumerait-il à un vol nostalgique faisant écho à un long métrage qui, contrairement à la carrière de Tom Cruise, a mal vieilli ? Pas du tout. Ce n’était là qu’un clin d’œil. Il y en a quelques-uns dans la production, ils ne sont pas trop appuyés. Et (ouf !) on n’entendra pas Take My Breath Away.

Le manche à balai est donc vite redressé, et le voyage, bien qu’assez prévisible en fond, se fait vite palpitant dans sa forme. Sa dernière demi-heure scotchera le plus imperturbable des spectateurs à son siège. En fait, si nostalgie on veut absolument voir dans ces combats aériens époustouflants et ces poursuites vitesse grand V au cœur de gorges étroites, c’est dans une galaxie lointaine, très lointaine, qu’on peut la trouver, alors que Luke Skywalker détruisait l’Étoile noire dans Star Wars, épisode IV. Un nouvel espoir.

Top Gun: Maverick, c’est simplement (!) du grand déploiement à consommer sur le plus grand écran possible. Surtout quand on sait que la production n’a rien tourné sur écran vert, que les acteurs ont suivi des cours de pilotage afin — dans les gros plans et avant de laisser la place à leurs doublures, en tout cas — d’avoir l’air à leur place dans le cockpit. Et puis, il y a Tom Cruise, reconnu pour exécuter ses cascades. Impressionnant en soi, à presque 60 ans encore plus. Il est indéniablement à sa place dans la peau de Pete « Maverick » Mitchell.

Mission (im)possible

 

On le retrouve ici, plus de 30 ans après les événements relatés dans Top Gun. Il est toujours capitaine : il n’a pas grimpé les échelons militaires, il a voulu continuer à voler et est devenu pilote d’essai. Un esprit libre, quoi. Qui va accepter de retourner chez les Top Gun — pas sur les bancs de l’école, mais à l’avant de la classe. Il se voit en effet confier la formation de recrues, les tops des Top, pour une mission impossible (mais dans un autre genre que celles d’Ethan Hunt dans Mission: Impossible). Dans le groupe figure Bradley « Rooster » Bradshaw (Miles Teller), fils de « Goose », le meilleur ami de « Maverick », mort tragiquement, on s’en souvient.

La ligne dramatique prévisible voudrait que le jeune homme tienne l’instructeur responsable du décès de son père. Prévisibilité grande, il y a ici. Tension entre les deux casse-cou, donc, avant qu’on arrive là où on imagine que le tout devrait déboucher.

La force de Top Gun: Maverick n’est pas son scénario. S’il est bien ficelé (hé, cette fois, les pilotes ont une mission, une vraie !), il marche sur des sentiers moult fois parcourus. Mais il le fait avec sincérité et de façon très assumée, avec un humour toujours à point, avec une larme de romance (entrée de Jennifer Connelly dans la ligne de mire du héros), avec interactions tendues (garde-à-vous face à Jon Hamm, Ed Harris et autres Charles Parnell), et avec juste ce qu’il faut de nostalgie. Il en fallait, quand même, et elle tombe en partie entre les mains de Val Kilmer, qui reprend son rôle de Tom « Iceman » Kazanski, maintenant amiral quatre étoiles. La voix de l’acteur atteint d’un cancer de la gorge a dû être « reconstruite », et le résultat est impressionnant.

Bref, sous les étoiles de Hollywood, rares sont les suites satisfaisantes. Top Gun: Maverick l’est beaucoup, grâce à son côté spectaculaire non seulement réussi, mais très supérieur à sa prémisse. Le blockbuster de l’été ? Possible.

Top Gun: Maverick (V.O. et V.F.)

★★★★

Drame d’action de Joseph Kosinsky, avec Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, Jon Hamm, Val Kilmer. États-Unis. 131 minutes. En salle.



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