Courts métrages - La magie (noire) de Noël

Sous ses airs débonnaires, son rire tonitruant et sa grande barbe blanche, le père Noël cacherait-il sa vraie nature? Sa générosité proverbiale à l'égard des enfants ne serait-elle au fond qu'un écran de fumée, une façon de camoufler ses pulsions de serial killer, de kleptomane ou de mauvais génie? Vous n'en croyez pas un mot, mais quelques cinéastes, eux, en sont convaincus et leurs arguments ne manqueront pas d'en charmer plusieurs, et d'en horrifier certains!

Entre deux réveillons, afin de digérer sa dinde de manière intelligente et créative, Noël se poursuit au Cinéma ONF jusqu'au 30 décembre et s'offre un p'tit coup de blues, une contribution de Silence, on court! Car l'esprit des fêtes, du moins pour les programmateurs de cette sélection de circonstance, n'est pas qu'à la joie et aux surprises; ces onze courts métrages, du Québec, de France et de Belgique, exposent les versants plus sombres de cette période que l'on nomme de réjouissances... Le tout, bien sûr, emballé et enrubanné dans le cynisme.

Ce n'est pas d'hier que les enfants s'interrogent sur l'identité véritable du père Noël. Certains, comme Marion, sont plus sceptiques que d'autres. Dans Moi et le faux père Noël, de Raphaël Hattab, la petite fille au tempérament frondeur se demande pourquoi un «vrai» père Noël — c'est du moins ainsi qu'il se présente — porte une fausse barbe et vole des jouets dans les grands magasins. Elle aura sa réponse, celle qu'elle n'espérait plus, aux douze coups de minuit. Au même moment, dans Douce nuit, de Marco Andreoni, un charmant chérubin, trop curieux au goût du patron des lutins, va lui donner réponse à ses questions, mais la révélation pourrait se confondre avec les pires scènes de Massacre à la tronçonneuse...

Une scie mécanique, le personnage principal de Bloody Christmas, de Claudia Bérubé, croit qu'elle lui sera bien utile pour venir à bout de son sapin récalcitrant. Mais il faut voir avec quelle énergie le pauvre arbre refusera d'être confiné dans un salon, chargé d'horribles boules et de guirlandes bon marché: celles-ci deviendront ses armes de défense pour un combat extrême. Autre lutte, cette fois selon les règles implacables de la télé-réalité, dans Leduc Story. Christian Laurence, l'un des petits rois du mouvement Kino, observe une réunion familiale qui, pour l'un d'eux, se terminera en queue de poisson. Lequel? C'est à l'ensemble du groupe de voter pour celui, ou celle, à éjecter... Un petit jeu cruel et une dénonciation subtile de cette aberration télévisuelle qui ne semble pas encore manquer de souffle ni d'adeptes.

Aux côtés de ces splendides réussites visuelles que sont Lumière, de Michel Laporte, et Deux petites boîtes, de Marc-André Ferguson et Pascale Marcotte, courts métrages tournés avec moins que rien et portés par la foi de leurs artisans, on retrouve le grinçant film d'animation numérique Les filles, l'âne et les boeufs de Francine Chassagnac. Encore là, Noël suscite beaucoup d'espoir dans le coeur des malheureux, mais un coup de sirène, une bière de trop, et voilà que le réveillon se transforme en cauchemar.

En conclusion de ce programme diversifié et, comme les cadeaux au pied de l'arbre, de qualité variable, Gabriel Vanderpas témoigne une fois encore de la vitalité du cinéma belge. Dans St-Nicolas ne viendra pas, point de neige et de sapin: cette famille dysfonctionnelle fête Noël quelques semaines avant Pâques, incapable de s'entendre pour une date de retrouvailles. Et il suffira que le petit-fils de cette pauvre Mamy, elle qui ignore bien des choses sur la vie déréglée de ses propres enfants, soit enfermé dans la salle de bain pour que le drame réveille les vieilles rancoeurs... et un peu d'amour familial. Même au printemps, les héros de Noël ne prennent pas de vacances.