Un cadeau à échanger...

Aux détracteurs des coproductions France-Québec ainsi qu'à ceux à qui les comédies québécoises donnent de l'urticaire, C'est pas moi... c'est l'autre offrira, et à très bas prix, d'impressionnantes munitions. Donnant la curieuse sensation de retourner en des temps plus insouciants, ceux de la triste époque de J'ai mon voyage!, de Denis Héroux, le film d'Alain Zaloum prouve à quel point l'art de la comédie n'a rien de simple et que s'y aventurer, sans filet et surtout sans idées, est un acte aussi courageux que désespéré.

C'est pas moi... c'est l'autre vide les fonds de tiroirs de toutes les blagues usées sur le milieu policier et l'incompréhension mutuelle entre Français et Québécois lorsque ceux-ci s'accrochent obstinément à leurs régionalismes; l'amalgame de tout cela doit normalement déclencher le rire, mais la mâchoire nous décroche surtout devant le degré zéro de subtilité des dialogues. Même la clef de voûte de l'intrigue n'échapperait pas à la vigilance du spectateur le plus distrait, l'explication devant la ressemblance de Vincent Papineau (Roy Dupuis), cambrioleur maladroit, et Claude Laurin (encore Roy Dupuis, mais que diable allait-il faire dans cette galère à part encaisser un chèque?), flic macho, ne surprenant que les personnages du film.

Deux mafiosi marseillais (Michel Muller, inaudible et c'est tant mieux, et la pauvre Anémone) aux trousses d'une crapule québécoise déguisée en policier: ce n'est qu'une des situations forcées de ce film bâclé, un de ces compromis de «coprode» qui ne fonctionne que sur papier, et encore. Tout cela pour dire que pour un film du temps des Fêtes, C'est pas moi... c'est l'autre n'a rien d'un cadeau, tout juste celui qu'on s'empresse d'échanger à la première occasion.