Cauchemar avant la noce

Qu'il est long et tortueux, le chemin de Greg Focker (Ben Stiller) pour épouser la fille de cet indécrottable réactionnaire qu'est Jack Byrnes (Robert De Niro). Après Meet The Parents, dont le succès avait surpris tout le monde, y compris Stiller et le réalisateur Jay Roach (Austin Powers et ses avatars), voilà qu'ils s'octroient une difficulté supplémentaire avant d'aboutir au pied de l'autel: la rencontre avec les parents Focker, dont le nom de famille est déjà en soi tout un programme...

Comme il fallait s'y attendre, Meet The Fockers fonctionne comme le miroir à peine déformant du premier film, calquant sa structure (il s'en passe, des choses, en un seul week-end... ) et tablant avec insistance sur les gags déjà éprouvés (l'usage de la chasse d'eau, les caméras cachées et, bien sûr, les animaux domestiques, la nouvelle tarte à la crème de la comédie américaine). Personne ne se plaindra alors de débarquer chez ces nostalgiques des années 60 que sont les parents de Greg (le tandem Dustin Hoffman-Barbra Streisand constitue notre prix de consolation), aussi fiers de leurs origines juives que de leur libido débridée.

Fonctionnant alors sur le mode de l'opposition, un peu comme si George et Laura Bush s'invitaient sans prévenir chez John Kerry et Teresa Heinz, Meet The Fockers offre avec ces clivages idéologiques sa seule véritable pertinence. Ce qui ne manque pas d'être inquiétant pour l'avenir dans la mesure où les parents de Greg sont aussi flamboyants que leur progéniture est d'un conformisme affligeant. Tout le reste n'est que répétition d'une formule ayant déjà fait ses preuves mais qu'étirer à l'infini ne rend que plus indigeste. Cependant, depuis que Robert De Niro s'est découvert une passion pour la comédie — et pour la paresse... —, il n'a jamais trouvé personnage plus en accord avec sa personnalité d'acteur que cet ancien psychologue de la CIA, donnant à l'institution des allures de repaire de fascistes. Dire que cela constitue le «sous-texte» de Meet The Fockers serait faire trop d'honneur à Jay Roach...