«Downton Abbey: A New Era»: un banquet sans saveur

«Downton Abbey: une nouvelle ère» sent sérieusement la recette. Or, les ingrédients — scénario, mise en scène et interprétation — arrivent en deçà des meilleurs moments de la saga. 
Photo: Ben Blackall Focus Features LLC «Downton Abbey: une nouvelle ère» sent sérieusement la recette. Or, les ingrédients — scénario, mise en scène et interprétation — arrivent en deçà des meilleurs moments de la saga. 

Depuis sa création en 2010, Downton Abbey est devenu une véritable industrie, avec six saisons, un épisode spécial de Noël, deux films et des hordes de touristes. Fruit de l’imagination du scénariste et producteur Julian Fellowes, les destins intimement liés de la noble famille Crawley et de son abondante domesticité ne cessent de passionner un public nombreux. Il y a de tout : du drame, de l’humour, un brin de suspense, de l’amour, évidemment, et de beaux costumes. Le récent Downton Abbey: A New Era (Downton Abbey : une nouvelle ère) ne fait pas exception.

Il n’empêche, à ce stade, ça sent sérieusement la recette. Certes, et pour demeurer dans les images culinaires, dès lors que les ingrédients sont de qualité et que le tout s’avère juste assez relevé, pourquoi se plaindre ?

Or, justement, lesdits ingrédients — scénario, mise en scène et interprétation — arrivent en deçà des meilleurs moments de la saga. Quant au piquant, à savoir l’impayable personnage de la comtesse Douairière incarnée par l’incomparable Maggie Smith, on en aurait pris davantage. Qui plus est, les pointes acérées de la comtesse, sa marque de commerce, se sont, hélas, émoussées et ne déclenchent l’hilarité que la moitié du temps.

Autre composante épicée : la relation tendue entre les sœurs Crawley. Qu’on se le tienne pour dit, c’est du passé. Hormis un semblant de désaccord, c’est désormais la bonne entente, ce qui se révèle fort ennuyant, dramatiquement parlant.

L’histoire, qui ressemble à deux épisodes maladroitement imbriqués, n’est pas spécialement captivante. Tandis qu’à Downton, une partie de la famille et des domestiques est en alternance éblouie et choquée par la faune hollywoodienne venue tourner sur place un film muet, dans le sud de la France, une autre partie du clan et du personnel séjourne dans une villa dont a mystérieusement hérité la comtesse.

Aucun enjeu réel

 

Si on est d’abord intrigué, l’effet est vite dissipé puisque Julian Fellowes trouve le moyen d’éventer chacun de ses rebondissements à grand renfort de dialogues lourds ou d’allusions évidentes. Par exemple, ce personnage — dont on taira l’identité — qui avoue être fatigué, puis qui évoque un rendez-vous médical : hum… quelqu’un serait-il grièvement malade ?

La série et le premier film n’étaient pas des modèles de subtilité, mais Fellowes y faisait preuve d’un raffinement qu’on cherche en vain ici (la réalisation complètement aléatoire de Simon Curtis n’aide pas). En fait, tous les conflits et problèmes potentiels sont si vite réglés que le scénario, éminemment prévisible au demeurant, se retrouve sans réel enjeu à creuser. En cherchant à occuper tout le monde, le récit se disperse, superficiel et prévisible.

Tout arrive comme on s’y attend, mais souvent plus rapidement qu’on s’y attend. Et le film d’enchaîner avec la sous-intrigue suivante qui sera tout aussiprestement expédiée. Prenez la vie amoureuse du majordome Barrow, dont on voit poindre le dénouement dès l’entrée en scène d’un certain personnage, et dont l’homosexualité, illégale à l’époque et longtemps après, continue par ailleurs d’être traitée avec une invraisemblable bienveillance par les autres personnages : c’est louable et nul doute bien intentionné, mais c’est nier l’indicible souffrance endurée par la communauté alors, et subséquemment.

Lesquelles sous-intrigues, du reste, ont pour plusieurs d’entre elles déjà connues des incarnations antérieures dans la série. En multipliant les références au génial Gosford Park, de Robert Altman, qu’écrivit Julian Fellowes en 2001 et dont le scénario jeta à maints égards les bases de Downton Abbey, ce nouveau film inspire des comparaisons qui ne l’avantagent pas. Bref, trop étirée, la sauce est à présent bien fade. Qu’à cela ne tienne : le chef Fellowes confiait ces jours-ci envisager de remettre le couvert pour un troisième film.

Downton Abbey : une nouvelle ère (V.F. : Downton Abbey: A New Era)

★★

Drame de Simon Curtis. Avec Hugh Bonneville, Elizabeth McGovern, Maggie Smith, Michelle Dockery, Laura Carmichael, Jim Carter, Phyllis Logan, Robert James-Collier, Jonathan Zaccaï, Nathalie Baye, Dominic West. Grande-Bretagne, États-Unis, 2022, 125 minutes. En salle.

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